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Commentaire, Liaisons dangereuses, Charledos de Laclos

Par   •  29 Novembre 2018  •  2 656 Mots (11 Pages)  •  600 Vues

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La marquise de Merteuil fait ainsi son apprentissage de la vie de femme dans cette société du XVIIème siècle. Au terme de son éducation, elle peut même contrôler sa physionomie. Elle est alors prête à participer à la comédie sociale, sans en être la dupe. Entrée dans le monde, il ne lui reste plus qu'à élargir le « champ de [ses] expériences ». (l.29-30). Les troisième et quatrième paragraphes montrent le personnage jouant son rôle de femme convenable avec art, armé de sa nouvelle science. Spectatrice d’elle-même , elle observe ses (l.16), elle affine son jeu, goûtant avec délice le sentiment de supériorité orgueilleuse que sa maîtrise d’elle-même et des autres lui procure. Enfin, les trois derniers paragraphes rendent compte du plaisir physique et du mariage, derniers volets de l’apprentissage de la vie. Parfaitement instruite et expérimentée, elle peut s’avancer dans la vie.

La Marquise de Merteuil nous fait donc le récit autobiographique de son apprentissage, c’est celui d’une libertine qui a su observer, réfléchir, dissimuler et simuler et qui, au prix d’un véritable travail sur elle-même, a su s’affranchir de sa condition de femme pour pouvoir jouir des plaisirs physiques. Cette lettre nous brosse donc en même temps l’autoportrait d’une libertine.

L’apprentissage que narre Madame de Merteuil à Valmont est celui d’une comédienne consciente de son rôle. Son théâtre est la grande scène du monde. Cet art lui permet d’avancer masquée, de manipuler les autres et de l’emporter sur eux. Dans le texte, elle s’amuse d’ailleurs des effets qu’elle produit sur les autres et qu’elle a constaté sur Valmont qui a pu se montrer « étonné » (l.12) ce que confirme l’expression « mon premier succès» (l.8) qui révèle son rapport au public car, comme une comédienne, elle sait qu’elle est observée par des «yeux qui m’entouraient» (l.6). On retrouve dans sa lettre le vocabulaire du spectacle avec le verbe « me montrer ». Les tournures « je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure » (l.8), « je m’étudiais à prendre l’air » (l.9 » et «Je me suis travaillée » (l.10-11) montrent le jeu du comédien qui travaille son rôle. Elles expriment bien aussi la prise de conscience et le recul qu’elle a sur elle-même. Chez elle tout est hypocrisie et calcul, elle est passée maîtresse dans l'art du paraître. Elle a observé et jugé le monde extérieur, elle a su

Proposition de commentaire de l’extrait de Les Liaisons dangereuses (suite)

jouer avec les apparences, faire semblant pour arriver à ses fins. On assiste ici à la mise en place d’un jeu théâtral pervers la révélant comme une redoutable femme manipulatrice. Sa vie est une pièce de théâtre dont elle l'auteur, le metteur en scène et l'actrice principale.

La Marquise de Merteuil est une femme libre et combattante. Sa lettre traduit sa volonté indéfectible d’échapper à la condition de femme qui lui est imposée. Elle refuse d’être victime de l'éducation dispensée aux jeunes, filles, ignorante de tout comme le rappelle l’expression « vouée au silence et à l'inaction » (l.1). Dès son plus jeune âge, « fille encore » (l.1), elle refuse la condition réservée aux femmes de son époque. Elle a elle-même modifié son parcours, et n’entend pas se laisser dicter sa conduite. La Marquise de Merteuil se métaphorise avec une image guerrière « Munie de ces premières armes » (l.14) : elle montre qu’elle est prête au combat contre tous ceux qui souhaiteraient l’enfermer dans des principes sociaux. Par ailleurs, elle n'éprouve aucune tristesse à la mort de son mari, elle n'y voit qu'une opportunité de retrouver sa liberté « je n'en sentis pas moins vivement le prix de la liberté qu'allait me donner mon veuvage, et je me promis bien d'en profiter ». Son veuvage est donc vécu comme une libération, et elle refuse, comme c'était la coutume, de retourner vivre chez sa mère ou d'entrer au couvent (l.36). En voulant l’enfermer dans sa condition de femme la société lui a en fait permis d’acquérir sa liberté de penser. Maîtresse d’elle-même, la Marquise s’est fabriqué son propre personnage. Elle est sa propre création. Individualiste, elle n’est pas féministe : elle travaille uniquement à sa propre émancipation.

La Marquise de Merteuil donne au lecteur une image de femme singulière, orgueilleuse sûre d’elle-même, égocentrique et hautaine. Cela semble paradoxal avec l’expression « J’étais bien jeune encore » (l.13). Mais elle affirme ainsi sa supériorité précoce : « Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir » (l. 22-24). C’est aussi une femme sûre d’elle-même. Elle affirme clairement son aisance dans les expressions « C’est ainsi que j’ai su prendre sur ma physionomie cette puissance » (l.12) et « sûre de mes gestes » (l.16). Dans cette lettre, la conscience et l’affirmation de soi et de sa supériorité se lit dans l’omniprésence du « je » et des marques de la première personne comme « moi » (l.13, 18,19,29). Ce sont aussi le signe de l’égocentrisme de Mme de Merteuil. On repère des traces manifestes d'orgueil dans l'opposition constante entre le « je » la société mondaine désignée ici par le pronom indéfini « on »1. Cette opposition impose le personnage de la Marquise, comme une femme unique, intelligente, et exceptionnelle. Derrière cette haute opinion d’elle-même, fondement de l’orgueil, le personnage laisse entendre qu’elle veut prendre sa revanche. D’ailleurs, dans un autre passage de la lettre LXXXI, elle se dit « née pour venger [son] sexe ». On ne sait pas explicitement contre qui s’exerce sa vengeance : elle évoque un « on1 » (l.2 et 3) qui reste indéfini ou encore des « yeux » qui l’entourent (l.6). Mais le discours porte en lui une forte valeur subversive, une volonté farouche de refuser une condition dictée par la société de son époque.

Mme de Merteuil est une libertine au siècle des Lumières. Elle nous offre une version féminine du libertinage comme revendication de l’affirmation de l’individu face à la morale sociale. La morale est absente de son éducation, elle s’est forgé ses règles et ses principes, une autre morale, celle du mérite individuel contre les privilèges de la naissance ; elle affirme ne devoir ce qu’elle est qu’à elle-même ; on rejoint ainsi le sens étymologique du mot «libertin»,

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