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Final du chapitre des Cannibales, Montaigne, Essais, I 31.

Par   •  15 Février 2018  •  3 187 Mots (13 Pages)  •  876 Vues

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[II. Le portrait des soi-disant cannibales] Montrons comment l'essayiste fait, par contraste, leur éloge pour nous donner une autre leçon !

Il n’y a pas ici de passage totalement descriptif, mais on peut trouver certains caractères entre les lignes du texte. En conclusion, surgit juste une boutade, à propos de leurs vêtements : “ils ne portent point de hauts-de-chausses”, qui semblent, au 1er degré, nous rappeler leurs différences de mode de vie, ce qui les distingue de nous. Des hommes “nus”… et imberbes !!!

[1) Leur ouverture d’esprit est visible]

• Ces Indigènes sont visiblement doués de raison : ils sont capables de d'écouter “longtemps” le Roi, même un enfant, ce qui suppose une capacité d'attention, de discipline et à échanger, même avec des interprètes (« truchement »). Ensuite, ils sont en mesure de répondre avec logique à une question : “ils répondirent trois choses”, “ils trouvaient en premier lieu… secondement…” ce qui suggère une clairvoyance, une rigueur de la pensée, assorties d’un véritable sens de l’observation. Les liens logiques employés le prouvent ; leur discours reproduit au style indirect est structuré, ordonné. Ils sont donc rationnels et logiques aussi.

• On est bien sûr frappé par la sincérité de leur réponse : ils ne savent pas mentir, déguiser leur pensée (≠ hypocrisie des courtisans). Ils ne se laissent pas piéger par l’orientation favorable de la question ; au lieu d’admirer bêtement, ils préfèrent montrer du doigt ce qui les a étonnés (“étrange”) : notamment ce luxe qui n’est pas partagé par tous ou l’âge de Charles IX. Audace inconsciente face au Roi, qu’ils ne flattent guère ; ils dénoncent plutôt l’incongruité de son pouvoir, avec franchise. C’est dans le même esprit qu’ils appellent les pauvres à la révolte, pour réclamer leur part. Ce sont donc des hommes francs et naturels, sans méchanceté.

• Eux qui sont si souvent traités de “primitifs”, de “barbares”, les voilà bien courtois, bien polis. Ils ne donnent pas leur avis avant qu’on le leur ait demandé. Ils critiquent le Roi, mais tout en le respectant. Leur sincérité se fait sans acrimonie, réprobation, grossièreté.

• Enfin, ce qui achèvera de plaire à Montaigne (et de l'inquiéter), c’est leur curiosité, perceptible dans leur volonté de venir voir le Vieux Monde : “la connaissance (des corruptions) de deçà” ou “ce commerce” ou “désir de la nouveauté” ou “quitter leur ciel pour venir voir le nôtre”, sûrement encouragés par les conquérants eux-mêmes, -heureux de montrer des spécimens pour obtenir des financements-. Ainsi que leur perspicacité à observer des usages. Ils sont intelligents, ils ne s’en laissent pas compter. Le témoignage de Montaigne a son importance : il s’agit de nous montrer des hommes authentiques, naturels, au sens de spontanés, mais aussi de nous montrer des traces de civilité chez eux. Ce ne sont ni des brutes ni de grands naïfs ni des idiots…

[2) Leur conception de la hiérarchie : ]

• Ce qui les distingue clairement de nous, c’est leur conception du commandement. Dans une communauté proche de l’état de nature, il est impensable qu’un enfant dirige ; le pouvoir appartient au plus fort (loi du plus fort). Il y a donc bien chez eux aussi une hiérarchie, un chef, mais c’est celui qui se distingue physiquement. Pour l’Indien, quand il observe les “Suisses de [la] garde”, “portant barbe, forts et armés”, il ne comprend pas pourquoi on ne prend pas “quelqu’un d’entre eux pour commander”.

• D’ailleurs, on devine que ces trois indigènes qui ont fait le voyage, ont une carrure pour affronter l’aventure, ils sont de l’élite des guerriers ; Montaigne parle de la “supériorité qu’il avait parmi les siens”, à propos de son interlocuteur, “car il était un capitaine et nos matelots le nommaient Roi”. Bien entendu, le double emploi du mot “Roi” dans le texte entraîne une comparaison… Ce chef-là n’est pas un “enfant” ; sa gloire, c’est “marcher le premier à la guerre”, ce qui souligne son courage, sa bravoure, valeur en pricnipe chevaleresque ; et être capable de guider “quatre à cinq mille hommes”. Cette supériorité n’est donc pas une lâche délégation des tâches ; non, le chef prend des risques, en première ligne, il combat. Il a vaincu, sinon il ne serait pas là !

• On devine aussi que son commandement ne dure que le temps de la guerre, puisqu’en temps de paix, il perd un peu de ses prérogatives. “Hors de la guerre, toute son autorité est expirée”, à une exception près, “on lui dressait des sentiers au travers des haies de leurs bois”, c-à-d on lui facilite le passage dans les broussailles ou les jungles (marque de respect, commodité). On est loin des privilèges exorbitants de la cour de France. Il s’agit apparemment d’une société égalitaire, sans classe : “ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres” : ils sont complémentaires et responsables les uns les autres, comme dans un mariage. Absence d’individualisme. Personne n’est donc abandonné à son sort, comme le pauvre en Occident. Sinon, chez les cannibales, ce serait la révolte. L'autre est une « moitié » de soi-même, pas un étranger. On a donc des choses à apprendre d’eux, notamment le courage et la charité.

[3) Leur bonheur]

Montaigne est convaincu que ces hommes étaient heureux avant la conquête : “leur repos et leur bonheur”, “la douceur de leur ciel”, belle métaphore élogieuse. Pour lui, l’homme de la nature avait un équilibre avant l’intrusion violente de la civilisation. Il a connu le paradis… aujourd’hui perdu. Nostalgie implicite. Donc, nous comprenons que ces hommes, nommés « cannibales », sont des peuples plus civilisés que nous ; ils ne mangent personne ; ce sont des hommes à part entière, dotés d'une vraie humanité, qui méritent qu'on s'intéresse à eux, comme le fait Montaigne...

[III. Abordons la dimension satirique du texte]

Montaigne a choisi d’inverser le point de vue ordinaire et de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas ordinairement, un peu à la manière, deux siècle après, de Montesquieu dans les Lettres Persanes, avec ses Persans en voyage, ou le Tahitien face à Bougainville chez Diderot. > portée un peu polémique (être jugé par ceux que nous jugeons, voire que nous

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