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La transformation de Jean Acte II tableau 2

Par   •  27 Février 2018  •  1 763 Mots (8 Pages)  •  1 072 Vues

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- Elle touche d'abord l’apparence physique: "Jean est devenu tout à fait vert, la bosse de son front est presque devenue une corne de rhinocéros" (l42).

- Elle affecte ensuite la faculté de parole : " soufflant bruyamment ", " barrit presque ", " barrit de nouveau ", " voix rauque difficilement compréhensible ".

-Son ton est de plus en plus agressif et violent = nombreuses exclamations.

- A la fin de l'extrait son langage est celui de la bestialité : " il prononce des paroles furieuses et incompréhensibles" (l44-45) et ses répliques se résument souvent à des phrases nominales, des clichés, des bêtises. Son discours est fragmentaire et sa pensée peu élaborée, il se répète, il s'emporte et attaque Bérenger :"Vous êtes un vieux sentimental ridicule » (l38).

- Il ne comprend plus le sens des mots comme l'illustre le passage du sens figuré au sens propre lorsque Bérenger parle de la loi de la jungle, Jean répond : "j'y vivrai!" (l17). C'est l'animal qui parle en lui, à présent. Par ailleurs, lorsqu'il déclare " L'homme...ne prononcez plus ce mot" il s'exprime comme si il ne faisait plus partie du genre humain.

- Sa métamorphose est également sensible dans ses déplacements qui sont ceux d'un fauve en cage allant et sortant de la salle de bain : "allant et venant dans la pièce" (l5, 19…), "Jean se précipite vers son lit, jette les couvertures par terre " (l44).

- un motif grotesque et monstrueux

- Ce passage pose un problème de mise en scène : comment montrer la métamorphose de Jean ? Elle est rendue possible par ses allers-retours dans la salle de bains dont le spectateur ne voit pas l'intérieur. Ainsi peuvent s'opérer les modifications de maquillage nécessaires au processus de métamorphose. Il est intéressant de noter que la salle de bain, lieu emblématique de la civilisation est ici pour Jean celui du retour au monstrueux.

- un motif grotesque :

- on peut parler ici de comique de situation -> Un homme se transforme sous nos yeux en rhinocéros.

- de comique de caractère : sa couleur verte, ses barrissements contre-nature font de Jean un personnage extravagant et grotesque qui prête à sourire. Sa monstruosité ridicule est ainsi manifeste lorsque Bérenger attribue le comportement étrange de Jean à ses qualités de " poète ". Or, Jean répond par des barrissements ce qui crée un écart et donc un effet comique.

- On peut parler aussi d'un comique de mots. En effet, certaines expressions peuvent être comprises de façon concrète " vous perdez la tête" "je veux respirer" "la loi de la jungle".

- un motif monstrueux : le grotesque suscite le rire mais révèle aussi un malaise puisque la métamorphose de Jean revêt tout au long de l'extrait quelque chose d'inquiétant. Elle représente concrètement l'inacceptable : la déshumanisation d'un homme réduit à la bestialité furieuse.

- une réflexion sur le totalitarisme = la rhinocérite :

- Cet extrait nous offre une réflexion intéressante sur le totalitarisme, à commencer par ce qu'il a de plus dangereux : ses aspects séduisants. En effet, le discours de Jean en témoigne ; la cause des rhinocéros lui semble tout à fait séduisante : pourquoi ne pas être un rhinocéros?

- On note que le discours de Jean porte toutes les marques de la rhétorique totalitaire :

- il s'exprime à l'aide de clichés : « la nature a ses lois » (l14) « l'humanisme est périmé »(l38).

- Son ton est très agressif, ses phrases sont souvent laconiques, et dépourvues de liens logiques, attestant ainsi son refus de raisonner.

- Ses répétitions véhémentes en « il faut » raisonnent comme des slogans et montrent son refus total de la contradiction : « l’interrompant », « Ne prononcez plus ce mot ! ».

- De plus, son argumentation est très faible, elle n'est pas le fruit d'une réflexion personnelle mais repose sur des principes arbitraires et sans fondements : « La nature a ses lois. La morale est antinaturelle". Sa parole se transforme en vulgaire automatisme.

- Les valeurs que prône Jean sont celles qu’illustre parfaitement le rhinocéros : dureté, puissance, agressivité latente et destruction. Il fait d'ailleurs de la destruction un véritable mot d'ordre « Démolir tout cela » (l47). Ses valeurs sont celles des régimes totalitaires qui reposent sur un endoctrinement total de l'individu.

- De son côté, Bérenger n'incarne pas vraiment la figure du résistant. Il est très hésitant et sa défense de la cause humaine n'est pas convaincante car elle repose sur des lieux communs « la morale » « la philosophie » et des concepts assez vagues.

- Pendant tout l'extrait, Bérenger est impuissant face à la rhétorique de Jean et face à sa transformation : « calmez-vous ! Je ne vous reconnais plus » (l46). Son comportement montre bien la difficulté à réagir et lutter contre "le troupeau", contre la rhinocérite qui représente ici symboliquement le totalitarisme.

- On sait qu’il ne deviendra pas rhinocéros mais il exprime ici la défaite qu’on pu connaître les hommes qui se sont opposés à la montée des totalitarismes et qui n’y sont pas parvenus. Le langage et la raison semblent bien impuissants face à un tel fléau.

Conclusion :

Cette scène recèle une grande tension entre les personnages de Jean et de Béranger : leur conversation se dérègle, et laisse place à un véritablement affrontement verbal. Or, à ce combat de mots se juxtapose une vision horrifique : celle de Jean qui se métamorphose en rhinocéros, et qui va accentuer le malaise régnant sur scène. Mais ce texte ne peut se réduire à de simples émotions

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