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Cycle de Jeanne Duval Les Fleurs du Mal

Par   •  28 Février 2018  •  2 133 Mots (9 Pages)  •  499 Vues

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De plus, cette femme est une « libertine » insatiable, comme l’indique le titre, qui est une référence à l’histoire de Messaline. Elle est donc l’incarnation de la chair. Cependant le poète se désole de ne pouvoir la satisfaire et se sent impuissant : « Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois » au vers 11. D’autre part, Baudelaire suggère la tendance à l’homosexualité de Jeanne Duval lorsqu’il avoue ne pas être une femme pour réussir à la combler : « Proserpine ».

On remarque également que c’est uniquement le poète qui vient vers la femme : « quand vers toi mes désirs partent », on peut alors se demander si les sentiments sont réciproques. De plus, l’amour semble exclusivement physique pour elle comme on le voit au vers 6, où l’amour est associé à sa bouche, il n’est donc question que de désir sexuel. Cela est plus évident dans le poème XXIV au vers 3 : « Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis ». Son amour a ainsi était remis en question par la mère de Baudelaire, comme on le voit dans une de ses lettres à Asselineau : « Dans ses lettres, […] je ne vois jamais un mot d’amour. Si elle l’avait aimé, je lui pardonnerais. ».

Ainsi, Jeanne Duval est une femme fatale, qui possède un pouvoir de séduction et d’attraction qui a envoûté Baudelaire, et ne paraît pas être réellement fidèle et attachée à lui. Leur amour semble ainsi basé sur la sensualité, le poète cède aux plaisirs bas de la chair et cède à l’animalité. On retrouve ce mouvement animal qui caractérise Jeanne Duval dans « Le Serpent qui danse » : « On dirait un serpent qui danse / Au bout d’un bâton ». Le poète est dépendant de cette femme, qui l’attire vers le péché de chair, et qui pourtant finit par le rendre malheureux.

- Le Vampire

Le poème XXXI témoigne de la violence des séparations du couple et des tourments que cela infligeait à Baudelaire.

La vision de la femme est ici très sombre. En effet, Jeanne est présenté comme une femme malsaine : le titre « Le Vampire », la comparaison à « un hideux troupeaux de démons » et la répétition de « maudite » traduisent le mal et la damnation qui composent cette créature maléfique. Elle est de plus assimilée à de nombreux vices au moyen de l’anaphore de « comme » suivit d’un vice tel le jeu ou l’alcool. Cela rejoint ce qu’affirme Launay dans son étude Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire : « [la femme est] la médiatrice inconsciente de Satan. Elle incarne Hécate (divinité de l’enfer) qui reçoit du soleil cette clarté devenue ténébreuse en elle ». (p.65-66).

A nouveau, on voit que le poète est très dépendant de cette femme. Il est un « esclave » qui ne peut se séparer d’elle : « - Infâme à qui je suis lié ». En effet, celle-ci est puissante, elle est en supériorité numérique : « troupeau » face à l’homme seul, qui est inférieur : il est traité de « lâche » (vers 16) et d’ « imbécile » (vers 21), tandis qu’il est « pris en dédain » par le glaive et le poison. De plus, la femme a pris possession de son cœur et son esprit en y entrant « comme un coup de couteau », c’est une femme féroce. Elle lui enlève ainsi toute capacité de raisonnement logique.

Celui-ci ne vit alors plus que pour son tourment, cherche désespérément un moyen de s’en échapper jusqu’à penser à la mort pour trouver le repos : « J’ai prié le glaive rapide / De conquérir ma liberté ». Il a d’ailleurs réellement eut l’intention de se suicider d’après une lettre à Narcisse Ancelle : « Je me tue parce que je ne puis plus vivre » a t-il écrit. Mais il n’y a pas d’échappatoire à ce mal qui le ronge car s’il voulait s’en arracher, il finirait par le retrouver : « Tes baisers ressusciteraient / Le cadavre de ton vampire ! », il est pris dans un cercle vicieux où il nourrit l’amour qui le ronge. On comprend alors la figure du vampire, qui est un être qui se nourrit d’un autre et l’affaiblit, aspirant lentement sa vie.

Ainsi, Jeanne Duval est présentée comme une créature diabolique, dangereuse pour le poète car sa dépendance pour elle est trop forte. Elle vampirise Baudelaire, qui se torture l’esprit, et semble être cruelle. Néanmoins, c’est une femme qui l’a troublé profondément, e dont il n’arrive pas à se séparer. Il l’avouera lui-même à la suite d’une rupture après une liaison de quatorze ans dans une lettre à sa mère : « Cette femme était ma seule distraction, mon seul plaisir, mon seul camarade, et malgré toutes les secousses intérieures d’une liaison tempétueuse, jamais l’idée d’une séparation irréparable n’est entrée clairement dans mon esprit. »

La « Vénus noire » de Baudelaire a donc été l’une des femmes les plus importantes de sa vie, avec qui il eut la relation la plus longue, mais aussi la plus houleuse. Elle fut une grande source d’inspiration, et le parfum épicé de sa chevelure l’emportait dans des contrées australes, exotiques à l’image de Jeanne Duval.

D’autre part, cette femme fut pour Baudelaire l’incarnation des plaisirs de la chair. Très sensuelle, c’était une femme fatale, une tentatrice insatiable, dotée d’une certaine animalité. Elle incarne aussi la figure de la femme tribade, qui est une forme de beauté pour Baudelaire. Celui-ci s’éprend donc d’une passion charnelle pour elle, qui évolue jusqu’à une dépendance très forte.

Jeanne Duval représente donc le postulat vers Satan énoncé dans le journal intime du poète Mon cœur mis à nu, car elle l’attire vers le péché de chair : « Il y a en toute homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation de Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade, celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. ».

Parfois magnifiée, d’autre fois diabolisée, elle incarne la femme dangereuse, parfois même qualifiée de vicieuse, qui tourmente et fait souffrir intensément son amant, et on pourrait penser qu’elle se servait de lui, notamment pour l’argent que Baudelaire lui prêtait.

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