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Montaigne, « De la vanité », Essais III, chapitre IX (1588). Manuel p. 86

Par   •  30 Mai 2018  •  1 288 Mots (6 Pages)  •  425 Vues

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Après avoir exposé sa méthode toute fantaisiste et ouverte à l’inconnu, et justifié sa curiosité, Montaigne explique comment pratiquer l’art du mélange ou de la découverte.

Il ne faut pas hésiter à rebrousser chemin, à quitter les entiers battus, à se conduire selon son goût, voire même à se tromper pour ne pas tomber dans l’erreur grave du repli sur soi, sur son centre – égocentrisme, ethnocentrisme dirions-nous aujourd’hui. Les Français qui « se tiennent à leurs façons, et abominent les étrangers » sont très sévèrement jugés par l’auteur des Essais en deux propositions saisissantes qui évoquent leur peur de la différence : « ils voyagent couverts et resserrés d’une prudence taciturne, se défendant de la contagion d’un air inconnu ».

La satire des Français à l’étranger, étendue à l’attaque virulente contre la « vanité » des courtisans, montrent que Montaigne a atteint une certitude intérieure concernant l’attitude d’ouverture et de curiosité dans l’existence : il ne nuance pas, ni ne s’embarrasse de circonlocutions.

La violence de la satire se marque aux hyperboles et aux expressions dépréciatives : « Enivrés de cette sotte humeur de s’effaroucher», les Français hors de leur univers habituel - « le village » doit être entendu de façon péjorative – « semblent être hors de leur élément ». Où qu’ils soient, « ils s’en tiennent à leurs façons » et pire encore « abominent les étrangers ». Mais encore, cela ne concerne-t-il que « les plus habiles », Montaigne souligne le fait que la plupart ne voient rien, ne se rendent compte de rien : ils « prennent l’aller pour le venir ».

S’ils sont bornés à l’extérieur, ils ne sont pas différents à l’intérieur, et l’attitude des courtisans relève du même défaut de repli orgueilleux sur soi, et de mépris des autres : « Ils ne s’en tiennent qu’aux hommes de leur sorte, nous regardent comme gens de l’autre monde avec dédain ou pitié ». Or, tout comme les voyageurs à l’étranger, sans leurs habits de courtisans, sans « le mystère de la cour », ils sont ridicules, « malhabiles comme nous sommes à eux ». L’usage du nous dans cette partie, tout comme l’impératif complice « otez -leur», implique le lecteur dans le jugement, le fait participer par adhésion au point de vue de Montaigne.

L’idéal humaniste ne s’appuie pas seulement sur les modèles de la littérature antique, il s’en sert pour affirmer sa confiance exigeante dans les possibilités de l’être humain : il ne suffit pas de naître encore faut-il devenir homme. Cela suppose une capacité de se mêler aux autres hommes sans demeurer esclaves des préjugés, qu’ils soient de milieu d’origine, de région ou de pays.

Montaigne, dans ce texte sur La Vanité montre par l’écriture même que sa curiosité jointe à sa souplesse d’esprit lui ont permis de découvrir le monde, les autres et lui-même. En s’ouvrant personellement à la diversité des contrées et des habitudes, il dépasse son particularisme, s’ouvre ainsi à l’universel et prépare le chemin vers l’élaboration de l’idéal des générations suivantes : celui de l’honnête homme. La dernière phrase, mémorable comme souvent chez Montaigne, rassemble non seulement sa pensée, mais aussi toute son expérience et sa façon d’être : « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ».

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