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La question de l'Autel de la Victoire au IVème siècle

Par   •  6 Avril 2018  •  2 288 Mots (10 Pages)  •  66 Vues

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Avec Ambroise, Théodose et Gratien, on passe d’une logique de liberté religieuse au service de l’Empire romain, à une logique de radicalité religieuse au service de l’empire chrétien où ce n’est plus l’empereur qui s’arroge le pouvoir d’imposer la ligne doctrinale aux évêques, mais où l’évêque devient un interlocuteur incontournable dans le domaine à la fois religieux et politique.

2-Des similitudes sautent aux yeux, de l’édit de Constantin et de Licinius à la relatio de Symmaque : elles convergent vers une idée principale : le Dieu suprême est le même pour tous qu’on soit chrétien ou d’une autre obédience religieuse. Il est inconnu de tous. A chacun de l’appeler comme il entend. Mais par une seule voie, il reste difficile de parvenir au mystère de sa révélation. Par conséquent, toutes les religions se valent, elles doivent donc bénéficier des mêmes libertés et des mêmes privilèges. Car il s’agit de la même réalité divine qu’on doit chercher à atteindre par le recours de toutes les divinités inférieures. A l’opposé de cette vision, Ambroise brandit la vérité contre la liberté. Car pour lui, sous l’apparence d’une liberté religieuse, il faut restaurer la vérité de la révélation contre cet holisme religieux. Ce qu’il condamne, c’est une religion de l’erreur qui fonde la variété des cultes qu’elle propose sur l’ignorance de l’homme à connaître les divinités. Dans cette logique, on n’aurait pas besoin de savoir la nature des dieux, pour leur vouer un culte. A un tel holisme religieux, Ambroise oppose la certitude de la révélation divine manifesté aux hommes et donc accessible depuis le mystère de l’incarnation. La vérité de la vraie religion repose donc sur la discipline apostolique et la doctrine évangélique ; lesquelles soulignent la foi en « l’unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité » (381). Cette affirmation de la foi constitua le cœur de cet édit de Thessalonique qui fera de la religion chrétienne la religion de tout l’empire. On passe donc de la romanisation de la religion à la christianisation de l’empire.

3- Pour Symmaque, la dissimulatio n’est pas la tolérance. C’est une négligence calculée qu’il demande aux empereurs de sorte que les romains qui pratiquent la religion traditionnelle le fassent en toute officialité et en toute liberté au même titre que les chrétiens. Car pour Symmaque, si les empereurs doivent fermer les yeux pour que prospèrent sereinement les religions traditionnelles païennes, c’est pour que ceux-ci réalisent que la stabilité de l’empire romain a toujours reposé sur les cultes voués aux divinités protectrices d’alors ; ce à quoi s’oppose farouchement Ambroise qui conçoit la dissimulatio comme une véritable hypocrisie, voire un péché, car c’est pour lui, immoral de se résigner au spectacle affreux d’une erreur religieuse, dont on sait la nature et la portée et ses incidences sur la stabilité de l’empire devenu chrétien. Le fossé entre le domaine religieux et le domaine civil se rétrécit. La causa religionis prend donc une proportion telle dans l’ordre civil que tout chrétien, a fortiori l’évêque, a le droit de démasquer l’erreur, de le dénoncer et même d’opposer une résistance à quiconque fut-il empereur, se plairait à faire prospérer cette erreur à travers des lois. L’empire étant chrétien désormais, donc l’empereur lui-même chrétien, n’ a pas le droit de dissimuler ses convictions chrétiennes pour favoriser une forme de tolérance à des erreurs de politique religieuse qui fragiliserait l’unité de l’empire désormais liée à l’unité de la religion. En effet, l’empereur est certes le prince de l’Empire, mais en tant que chrétien, il est aussi fils de l’Eglise sous la bienveillance pastorale de l’Évêque. On comprend bien à quel point la politique religieuse d’Ambroise portait sur la causa religionis, sans négliger la causa civilis dans l’empire chrétien (voir l’affaire des deux basiliques et l’anathématisation de Thodose).

4- Il faut reconnaître sous le règne de Gratien, Théodose, et Valentinien II, le retrait de l’autel de la victoire de la curie sénatoriale. Ce geste est le symbole de la résistance impériale contre les velléités du paganisme. Reste que cette résistance est diversement remarquable chez ces empereurs. La première entreprise de Théodose par exemple fut d’opposer à la politique pro-arienne de Valens, la publication de son édit de Thessalonique en 380, officialisant le christianisme comme la religion de tout l’empire. Le 24 Novembre de cette même année, Démophile, évêque homéen de Thessalonique fut contraint par Théodose, fut contraint à l’exil, pour n’avoir pas voulu rallier la foi nicéenne. Le 26 de ce même mois, ce sont tous les ariens qui sont dépossédés des églises dans lesquelles ils faisaient prospéraient l’arianisme. Mais l’arianisme connut des survivances qui vont être fortes quand Eugène usurpe le pouvoir impérial (à l’ouest de l’empire) à la mort de Valentinien II dont l’auteur suspecté reste Arbogast. Sous son règne usurpé, Eugène, un chrétien tolérant des autres cultes, tenant à distance Ambroise, fait l’affaire de l’aristocratie païenne qui manifeste violemment contre les chrétiens, et qui reprennent de plus belle les cultes aux divinités ancestrales. Contre ce désordre défavorable à l’unité religieuse de l’empire, Théodose se déporta de l’orient pour croiser le fer avec les armées d’Arbogast et d’Eugène qui furent vaincues (394). La décapitation d’Eugène et le suicide d’Arbogast sonnèrent pour de bon la fin du paganisme dans l’empire.

De son côté, pour faire face à l’homéisme, Gratien fit demander à Ambroise la rédaction d’une dissertation sur le Saint Esprit, à côté du De Fide : c’est le De Spiritu Sancto. L’intérêt de l’empereur Gratien pour les questions d’ordre religieux est indéniable. Pour preuve, il a émis l’idée de convoquer un concile à l’illyricum contre Palladius et secundianus, pro-ariens, qui considèrent, comme l’Evêque Auxence, l’Esprit Saint, non comme une personne divine, mais comme l’instrument du Christ. Ce concile, convoqué par Gratien se tint en présence de ces deux illyriens, de presque tous les évêques de l’Ouest de l’empire, et du représentant impérial (Nectaire). Le même Gratien avait élaboré un certain nombre de mesures fermes contre les païens, à savoir : la suppression des subventions des sacrifices païens, des allocations aux prêtres païens et des vestales ainsi que certaines propriétés agraires qui leur étaient attribuées. Reste que la forte influence

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