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Cours histoire de la vie politique

Par   •  6 Septembre 2017  •  5 407 Mots (22 Pages)  •  151 Vues

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et, par conséquent, qui sera contre-nature. Ce sera Machiavel. A partir de là, la politique deviendra donc quelque chose à vocation d’altérer la nature, de nous mener à son encontre. Cette nouvelle conception de la politique sera donc fondée sur la raison humaine. Ainsi, par le biais de cette approche complètement rationnelle de la politique, la raison ira contre nos pulsions pour les contrecarrer, ira à l’encontre de la nature pour la domestiquer. Nous avons donc l’intention d’inventer quelque chose de nouveau qui va être la politique. 


Machiavel inventera les conditions possibles et détachées de la religion de la politique. Dans Le Prince qu’il écrit en 1513, il proposera ainsi une voie pour sortir du théologico-politique. En effet, quand il est question de l’origine du pouvoir, Dieu n’est pas évoqué. Machiavel donnera, par conséquent, les possibilités de devenir monarque comme l’héritage, les élections, les armes, etc. Il y aurait donc des accès de pouvoir qui ne prennent pas en compte une quelconque autorité divine. Ainsi, il faut absolument exclure la religion comme la morale de la politique puisque le Prince peut être cruel (ce qui est immoral) mais qui est efficace puisque la cruauté dont il fait preuve lui permet de demeurer au pouvoir.


Cependant, nous pouvons nous demander pourquoi un tel acharnement à trouver des accès nouveaux au pouvoir. La vérité est que Machiavel a vécu dans une Italie très instable et non unie (républiques, principautés, petits royaumes, etc.). Ce dernier voulait donc que le pouvoir politique s’installe d’une façon durable, que l’Etat perdure et se stabilise, qu’il y ait peu d’assassinats politiques, encore moins de guerres civiles. 


Toutefois, ce qui va permettre au régime de perdurer impliquera beaucoup de choses : séparer la politique de la religion et de la morale et faire appel, au lieu de cela, à notre raison. Machiavel montrera alors que la politique est une affaire exclusivement humaine et ce à travers son appréhension d’un couple conceptuel qui inclut la Fortune (fortuna) et la Vertu (virtu).


La Fortune et la Vertu sont deux notions très importantes : 


La notion de fortuna : Le concept de Fortune est un concept que Machiavel empruntera à l’Antiquité, concept que l’on peut trouver aussi bien dans la mythologie grecque (Déesse Fortuna illustrée tenant une manivelle) que dans les écrits du stoïcisme latin (comme ceux de Sénèque). C’est l’idée qu’il y a une sorte de destin à l’œuvre dans le monde.

Pour Machiavel, ce destin est la façon dont l’Histoire fonctionne tout en obéissant à un cycle, c’est-à-dire qu’il y a un début, un régime qui se consolide, qui arrive à son apogée et qui va progressivement décliner pour laisser place à un autre.

Donc l’Histoire pour Machiavel est cyclique, elle se répète. On ne peut certes pas aller à l’encontre du cycle : l’être humain lui-même, comme le régime politique, subit la même cyclicité et c’est quelque chose contre laquelle il est incapable de s’opposer. On peut alors se demander comment l’Homme veut assurer la stabilité du régime quand ce dernier obéit à une cyclicité inévitable. 


Comme chez la Déesse Fortuna, la roue peut aller très vite, mais elle peut également aller lentement. On se demande alors comment contrôler la procession arbitraire de cette roue ? Ceci peut, en effet, se faire à l’aide de Virtu qui inclut, notamment, la raison, voire la ruse. On utilise donc la raison pour comprendre comme fonctionne cette roue et, par conséquent, à retarder le plus possible la chute du régime. 


La notion de virtu : La fortune est très semblable à un torrent dévastateur. On ne peut certes pas empêcher le ciel de pleuvoir, mais on peut établir des dispositifs de précaution et de protection. On ne peut pas empêcher la catastrophe de subvenir mais il faut la prévoir et, machinalement, en limiter les dégâts. Mais qui va le faire ? 


Ce n’est certainement pas Dieu. On ne demandera donc pas à Dieu de nous aider, c’est à nous de nous prendre en charge. La politique est donc mise en valeur comme quelque chose de contre-nature. Elle ne pourra empêcher son courroux, mais inventera une fiction du droit chargée de règles. 


Il faut garder à l’esprit que la société et, par conséquent, tout l’ordre politique et le droit, ont été crées tels des remparts à la nature, des entreprises de dénaturation. 

 Mais nous sommes en mesure de nous enquérir quant aux limites de cette politique : Qu’est-ce qu’il adviendra si on laissait la nature faire ? et plus important encore, n’allons-nous pas parfois au-delà de la nature de façon à remettre notre existence en cause ? Il faut donc trouver un juste milieu.



II . L’Etat moderne : une invention contre-naturelle 



A. L’Etat dynastique, ancêtre de l’Etat moderne

L’Etat moderne à proprement dit a été construit contre-nature. En effet, il s’est progressivement institué en faisant mourir petit à petit un Etat qui existait déjà et que l’on appelait l’Etat dynastique.
Cet Etat dynastique puisait, en effet, sa force de la nature elle-même. Pourquoi ? Parce que l’Etat dynastique se résumait en une transmission naturelle du pouvoir. Tout d’abord, une première transmission du pouvoir par délégation (de Dieu au Pape puis du Pape au Prince) et, par suite, une seconde qui prend place suite à la mort du Prince en question.

En effet, ce dernier transmet "naturellement" le pouvoir qui lui fut octroyé. Des choses "naturelles" permettent, en conséquence, de déterminer le successeur : l’aîné mâle (puisque les filles ne figurent généralement pas dans les lois de succession). Si le roi n’a pas de fils, il cherchera alors l’aîné mâle le plus proche : un frère, un oncle, etc. Ce sont donc les liens familiaux et génétiques qui permettent de transmettre le pouvoir de façon naturelle dans l’Etat dynastique. 


Par ailleurs, il est impératif de noter que tous ceux qui étaient proches du pouvoir étaient forcément liés au roi. Subsistait, par conséquent, dans le modèle dynastique, une profonde confusion entre le public et le privé, entre la poche du roi et celle du royaume. La gérance était donc familiale, privée et non publique. 


Nous aurons avec l’Etat moderne un nouvel ordre, de nouvelles personnes, une nouvelle race de gens qui ne sont pas au service du roi et ne lui sont en aucun cas liés, mais au service

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