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Faire régner la justice, est-ce seulement appliquer le droit ?

Par   •  1 Janvier 2018  •  2 890 Mots (12 Pages)  •  75 Vues

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- Il faut instituer le droit pour que puisse régner la justice

Bien que les hommes essaient souvent d’imposer par la force leur volonté, ils ont un sens très fort du juste et de l’injuste ; personne n’aime être accusé d’injustice, et s’en défend vigoureusement quand c’est le cas. Mais il est difficile de savoir ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, nous ne cessons d’en débattre sans toujours nous accorder, comme les deux femmes qui réclament à Salomon le même enfant. Or bien souvent nous appelons juste ce qui correspond à notre désir, qui nous aveugle ; et tant que les hommes débattent, la justice ne peut régner ; il faut trancher. C’est justement ce que fait le droit. Il met fin aux controverses en fixant le juste et l’injuste, empêchant ainsi l’injuste anarchie de nos opinions personnelles à ce propos. La loi est au-dessus de tous : elle édicte le juste et l’injuste de façon impersonnelle, les soustrayant ainsi à l’arbitraire du ressenti personnel. C’est ce qu’explique Socrate à Criton : les lois correspondent à la raison, qui décrète le juste et l’injuste contre les décrets déraisonnables de notre désir.

- Une fois le droit institué, il faut l’appliquer pour faire régner la justice

L’institution du droit ne suffit pas pour que la justice règne effectivement. Il se peut toujours que qqun aille contre les lois, ou qu’un différend surgisse … Comment donc rétablir chacun dans son bon droit, et donc faire régner la justice ? Il faut un juge qui ne soit aucune des parties ; il va, lui, appliquer la loi, en évitant que l’on puisse être juge et partie, ce qui serait injuste ; l’idée de justice exige la neutralité et ainsi l’objectivité du juge. De plus le juge ne décide pas subjectivement de la culpabilité et de la peine. Celle-ci est objectivement fixée par la loi. L’application du droit évite ainsi l’injustice de la vengeance, tout en permettant efficacement que chacun soit rétabli dans son bon droit. Comme le dit Rousseau dans Du contrat social, il faut ‘’forcer d’être libre’’ qui contrevient aux lois, sinon le contrat social permettant la réalisation de la justice resterait lettre morte ; c’est le rôle de l’application du droit. L’institution du droit permet que l’Etat détienne le monopole de la violence légitime, comme le dit Weber ; celle-ci est bornée par la loi et est en vue du bien public, contrairement à la violence anarchique de l’état de nature.

Transition : Donc, on voit bien qu’il est nécessaire d’appliquer le droit pour faire régner la justice. Pourtant, n’arrive-t-il pas que l’application du droit produise une injustice ? n’est-ce pas le cas, précisément, pour Socrate ? sa condamnation, légale, n’est-elle pas illégitime ?

- Mais on ne peut pas se contenter d’appliquer le droit pour faire régner la justice, il faut savoir aussi le corriger voire le transgresser.

2.1. Le légal n’est pas tjrs légitime ; le droit n’est pas la justice

Le problème est que le droit peut n’être pas juste. Il peut, par ex, être la simple légalisation de la force, comme l’explique Rousseau dans L’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Le plus fort peut profiter de sa position de force pour écrire les lois à son avantage ; et il le fait justement parce que il a besoin de la légalité pour faire croire que ses actions sont justes, et empêcher ainsi la contestation que susciterait immanquablement la force nue. Le loup de la fable le sait bien, qui s’emploie à persuader l’agneau qu’il est dans son bon droit. « Le plus fort n’est jamais assez fort s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ». Mais dans ce cas, le droit ainsi institué ne mérite plus le nom de ‘’droit’’ ; il n’est pas ce qui devrait être, il n’est plus qu’un fait. Et donc il faut reconnaître, au-delà du droit positif, une autre sorte de droit : droit naturel, qui correspond à l’idée du juste en soi, et non de ce qui est juste par convention et institution humaine. La justice donc n’est pas la même chose que le droit ; c’est une idée morale, qui est la conscience du droit. Le droit, écrit par les hommes, peut être faillible car les hommes le sont. Et même s’il n’est pas la simple légalisation de la force, il peut être la transcription d’une fausse idée que les hommes se font de la justice. Ce n’est pas parce qu’une majorité d’hommes pense, par ex, qu’il est juste de permettre l’euthanasie, que c’est juste en soi. Si c’est injuste et que pourtant c’est inscrit dans le droit et appliqué, l’application du droit produira une injustice.

2.2. Donc pour faire régner la justice il faut aussi savoir corriger voire transgresser le droit

On ne peut donc pas se contenter d’appliquer le droit ; il faut réfléchir à son propos et se demander si les lois sont vraiment justes. Si elles ne le sont pas, il faut donc les corriger. Dans le Criton de Platon, les lois disent elles-mêmes qu’il arrive qu’elles ne se conduisent pas comme il faut ; et que dans ce cas les citoyens doivent les convaincre de leur erreur et les amender. Elles rappellent que la constitution athénienne prévoit justement cette possibilité pour les citoyens de les amener à changer d’idée et de leur monter en quoi consiste la justice. Et même quand les lois ne sont pas injustes, leur application aveugle peut produire une injustice car la loi est générale, mais les cas particuliers ; appliquer les lois à la lettre peut trahir l’esprit de la loi ; c’est pourquoi certains cas font jurisprudence. Le juge peut donc décider de ne pas appliquer la loi dans tel cas, par ex celui d’un vol par nécessité vitale. Il serait injuste sinon. A l’extrême, le droit peut être si fondamentalement injuste qu’il n’y ait pas d’autre possibilité, pour faire régner la justice, que de le transgresser ; c’est pourquoi Israël par ex donne le titre de Justes à ceux qui ont eu le courage de désobéir aux lois nazies. Là est la limite de la position de Socrate, pour qui il faudrait tjrs se soumettre aux lois, y compris lorsque leur application est injuste et qu’a échoué la tentative de les convaincre, comme il dit.

2.3. Pour faire régner la justice, il faut aussi un engagement moral personnel

Le droit ne régit pas tous les aspects de notre vie, mais seulement ceux qui concernent la part publique et extérieure de celle-ci. Mais notre vie a une part privée et intérieure dans laquelle l’injustice est

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