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Le portrait de Jean - Primo LEVI (argumentation 1ère - éloge)

Par   •  11 Avril 2018  •  1 558 Mots (7 Pages)  •  409 Vues

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B- Un portrait comme hommage

- Qui est Jean ? Quelles sont ses caractéristiques physiques et morales ?

Jeune étudiant alsacien de 24 ans, désigné Pikolo du Kommando de chimie, Jean est présenté comme un homme doté de qualités humaines qui aura une fonction importante aux yeux de Primo Levi et de ses co-détenus.

Il le décrit comme un Pikolo d’exception : intelligent, perspicace, rusé et empathique à l’égard des autres détenus, il apporte dans leurs relations un peu d’humanité. Son origine alsacienne lui permet de parler l’allemand, de comprendre ce que disent les SS et les Meister. Il mène son propre combat dans le camp et contre la mort, sans oublier pour autant ses camarades. S’il peut adoucir leurs conditions d’internement, il le fera. C’est par ailleurs grâce à lui que l’auteur doit en partie sa survie.

- Quel rôle semble-t-il jouer auprès des détenus ? Commentez des passages précis.

La position du portrait de Jean dans cet extrait reflète l’importance que ce dernier a dans la vie des membres du Kommando de chimie, avec les possibilités qui lui sont offertes de par son statut, et malgré des limites non négligeables qui le situent indéniablement du côté des prisonniers. Son action personnelle mais aussi collective en fait un être exceptionnel.

Jean fait partie des prominents et en ce sens il est privilégié, ce qui lui ouvre des possibilités d’action, comme l’accès au registre qui consigne les heures de travail, il peut donc noter un nombre d’heures supérieur aux heures réellement effectuées. Il supervise aussi l’entretien de la baraque, la distribution des outils et le lavage des gamelles, autant de tâches qui pourraient paraître de peu d’intérêt dans un contexte normal mais qui prennent du sens dans un camp de prisonniers. Il est au contact de ses camarades, peut les renseigner sur les décisions prises à leur endroit, leur laisser prendre un peu plus de nourriture puisqu’il gère les fonds de marmite. Il a quelques privautés personnelles également, comme être dispensé de travail manuel, le plus épuisant, et s’occuper davantage d’écritures et de contrôle, avoir chaud en restant à proximité du poêle et avoir une demi-ration de nourriture en plus. Quand il est question de survivre au quotidien, on mesure l’importance de ces détails. Enfin il reçoit les vêtements et les souliers usagés du Kapo, quand les autres vont en loques et qu’une paire de souliers est un bien précieux pour éviter d’aller pieds nus s’ils sont trop usés ou volés. Il peut approcher le Kapo et grâce à cette position intermédiaire il peut agir en faveur de ses camarades.

- L’éloge de Jean est-il explicite ? En quoi ce portrait représente-t-il un hommage à l’humanité ?

Au cœur de descriptions plus neutres, plus factuelles, le portrait de Jean, même s’il n’est pas un éloge explicite, prend une dimension importante dans le sens où malgré son statut supérieur, il n’est qu’un demi-privilégié ; malgré cela, il sait se servir de sa position précaire pour aider les autres.

On se rend compte que Jean est un personnage de la plus haute importance, il est présenté au début de ce chapitre le Chant d’Ulysse et dans les lignes suivantes il va emmener avec lui Primo Levi avec lui sous prétexte d’aller chercher la soupe et solliciter son concours pour lui apprendre quelques mots d’italien. Cet intermède revêt la plus haute importance, inversement proportionnelle à la tâche projetée, car il va être l’occasion pour Levi, non seulement de faire une pause dans le travail abrutissant et épuisant de nettoyage de la citerne rouillée, mais aussi de raviver sa mémoire, en particulier de retrouver des extraits d’un chant de l’Enfer de Dante. Il va voyager dans sa mémoire, dans sa culture, retrouver ses joies d’antan, ses joies d’écrivain et sa dignité d’homme. Jean aura été le facilitateur de ré-humanisation.

CONCLUSION

Ce portrait pourrait paraître paradoxal, puisque Jean le Pikolo n’est pas un personnage central dans le roman, cependant son étude nous permet d’en comprendre l’enjeu réel. Le portrait de Pikolo en révèle autant sur le personnage lui-même que sur le Kapo, sur les prisonniers et les conditions pénibles de survie dans le camp. C’est l’écriture qui permet à ces hommes de résister à la déshumanisation, de se libérer de l’horreur qui les tire vers le bas et vers la mort, ce sera aussi la démarche de Jorge Semprun dans l’Écriture ou la vie.

Ce texte nous livre une réflexion supplémentaire sur la nature humaine : celle-ci est variable, fragile, elle prend de multiples visages selon les circonstances, les intérêts ou les événements. Au sein même de l’horreur la plus innommable, Primo Levi réussir à tirer des leçons d’humanité et à nous transmettre, comme Robert Antelme, un témoignage vibrant et synonyme d’espoir : « Il n’y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C’est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. »

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