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Remise en cause des dichotomies sanssuriennes

Par   •  9 Décembre 2017  •  1 890 Mots (8 Pages)  •  128 Vues

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- Le signe linguistique chez Bakhtine:

La conception bakhtinienne du signe linguistique découle directement de sa conception de la langue et de la parole. Pour Bakhtine, il faut distinguer le signe du signal. Le signe est à saisir dans l’interaction verbale qui se produit dans un contexte social précis. «Le signe dialectique, mouvant, vivant, s’oppose au « signal » inerte qui se dégage de l’analyse de la langue comme système synchronique abstrait » (Yaguello, p13). Pour Bakhtine, «Le signal est une unité à contenu immuable, il ne peut rien remplacer, rien refléter ni réfracter» (Bakhtine, p100). Le signal est du côté de la forme normalisée, immuable stable et uniforme. Le signal, selon Bakhtine, serait le signe saussurien, défini comme une forme normalisée abstraite qui existe à l’intérieur d’un système de signes (la langue), non moins abstrait. Il est statique et non évolutif. Le signe bakhtinien, par contre, n’est pas une forme abstraite, c’est une forme concrète, vivante, constamment en mouvement et en évolution en fonction des situations concrètes de leur utilisation. Il est à saisir dans une situation concrète d’échange verbal, car c’est ainsi qu’il se présente pour le locuteur et l’auditeur. C’est la seule réalité qui le définit, et celle-ci est toujours orientée vers le contexte qui change constamment en fonction des conditions sociales d’interaction. Ainsi, le fait de comprendre un mot consiste à « saisir l’orientation qui est donnée au mot par un contexte et une situation précis, une orientation vers l’évolution et non vers l’immobilisme ». (Bakhtine, 1977, p101). Pour Bakhtine, le signal n’a pas une valeur linguistique[5], c’est le signe qui en a. Cela découle de la conception bakhtinienne de la langue. La langue existe dans la réalité concrète, dans une interaction verbale ; le signe aussi. Pour Saussure, le signe est déterminé en partie par la signification (l’association du signifié et du signifiant) et en partie par sa valeur qui est due à ses relation avec les autres signes du système (voir le cours sur la linguistique saussurienne); pour Bakhtine, c’est le contexte de l’interaction qui donne au signe sa réalité, sa plénitude en tant que signe linguistique.

- La diachronie/synchronie :

Saisir la langue comme un système synchronique de formes normalisées, comme système de relations statique, ne permet pas de comprendre la nature constamment mouvante et changeante du signe linguistique (et partant de la langue), elle ne permet pas également d’expliquer les changements linguistiques qui sont toujours en cours dans la langue. «L’objectivisme abstrait (…) ne sait pas lié l’existence de la langue dans le cadre abstrait de la synchronie avec son évolution» (Bakhtine, 1977, p 117.). La réalité mouvante et évolutive de la langue, ne pourrait pas être expliquée par (et dans le cadre théorique de) la linguistique synchronique telle que la conçoit et l’a formalisée Ferdinand de Saussure. Dans le cadre de la linguistique saussurienne, héritée du CLG, la dichotomie synchronie/diachronie est solidaire de la dichotomie langue/parole.

La langue, telle que définie par Saussure, est un système synchronique stable, tandis que la parole est du côté de la diachronie[6]. Ainsi, le rejet par Saussure de la parole hors du champ de la linguistique (de la langue) s’accompagne d’un rejet de l’étude des changements qui se produisent dans la langue sur une période déterminée. Pour Saussure, «un état absolu se définit par l’absence de changements, et comme malgré tout la langue se transforme, si peu que ce soit, étudier un état de la langue revient pratiquement à négliger les changements peu importants » (Saussure cité par Boyer 2001, p13).

Bibliographie :

- Bakhtine. M, Marxisme et philosophie du langage, minuit, 1977.

- Boyer, Henri, Introduction à la sociolinguistique, dunod, 2001.

- Puech Christian, Radzynski Anne. Fait social et fait linguistique : A. Meillet et F. de Saussure. In: Histoire Épistémologie Langage. Tome 10, fascicule 2, 1988. pp. 75-84.

- Encrevé, P, Labov, linguistique, sociolinguistique, Introduction au livre de Labov, Sociolinguistique, minuit, 1976, pp 09-35.

- Yaguello, Marina, Introduction in Bakhtine, Marxisme et philosophie du langage, minuit, 1977, pp 09-18.

Note à ajouter pour la critique de la dichotomie synchronie diachronie ;

« tout ce qui est diachronique dans la langue ne l’est que par la parole. C’est dans la parole que se trouve le germe de tous les changements : chacun d’eux est lancé d’abord par un certain nombre d’individus avant d’entrer dans l’usage. » Le fait de négliger la diachronie va de pair avec le fait de négliger la parole car tout ce qui est diachronique l’est par la parole…..

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