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Lecture analytique de Madame du Chatelet Discours sur le Bonheur

Par   •  13 Mars 2018  •  3 612 Mots (15 Pages)  •  920 Vues

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◆ Sa thèse fait l’apologie du libertinage, or elle-même et Voltaire étaient libertins.

Une femme proche du libertinage ?

Au XVIIème siècle, le libertin n’a ni Dieu ni maître, il refuse l’autorité et est athée car, voyant le malheur de l’homme, il ne peut pas croire en Dieu.

Au XVIIIème siècle, c’est la même chose avec, en plus, la recherche du plaisir sous toutes ses formes : conscient du peu de temps que l’on a sur terre, le libertin veut faire le plus de choses possibles, il brûle sa vie pour en profiter au maximum (notamment dans le domaine érotique).

La revendication des « passions satisfaites », des sensations et des sentiments agréables », de « grands plaisirs » constitue une apologie du libertinage, qui culmine dans la conclusion du discours : « c’est la condition sans laquelle on ne peut avoir de grands plaisirs ; or ce n’est la peine de vivre que pour avoir des sensations et des sentiments agréables ; et plus les sentiments agréables sont vifs, plus on est heureux. ».

◆Le discours d’Emilie du Châtelet est celui d’une femme, comme l’indique l’analogie qu’elle fait, au début du texte, entre le vernis de l’illusion et les soins et parures du corps féminin. Si ce n’est pas évident ici, dans la suite de son discours, Mme du Châtelet dira que la passion la plus importante est l’amour ; pour elle

Sa sensibilité de femme passionnée l’a entraînée quelque peu en-dehors du strict rationalisme des Lumières.

Il faut remarquer aussi qu’elle accorde beaucoup d’importance aux passions, qu’elle considère comme un privilège qui n’est pas accessible à tout le monde : « on n’est pas toujours assez heureux pour avoir des passions », « et je le répète encore : n’en a pas qui veut. »

Un texte pour convaincre.

Le « discours » de Mme du châtelet (à prendre au sens de « réflexion », et pas de discours public) appartient au genre argumentatif de l’essai : réflexion personnelle argumentée qui se nourrit de l’expérience de son auteur.

Discours général sur le bonheur, mais nourri de l’expérience personnelle de Mme du Châtelet, utilisation du présent, temps du discours : présents d’énonciation (« je dis que », « je le répète encore »), et présents gnomiques (« il faut.. », « les gens heureux ne cherchent rien »…)

La construction du texte et la stratégie adoptée montrent que Mme du Châtelet veut convaincre ses interlocuteurs ; on retrouve la structure classique d’un texte argumentatif : thèse énoncée explicitement et arguments.

Le texte peut en effet se diviser en trois grandes parties :

L’énonciation de la thèse dans le premier paragraphe.

L’argument principal (de « il faut commencer par se bien dire… » à « au lieu d’indulgences ») : les plaisirs et passions sont ce pour quoi nous vivons, ce qui donne sens à la vie. Cet argument est la définition même du libertinage : le plaisir fait vivre ; peu importe que ce soit dans le bonheur ou le malheur, le libertin veut se sentir en vie. Cet argument se construit par opposition au discours des moralistes.

La réfutation de l’objection, de « Mais, me dira-t-on… » à la fin du texte, avec contre-arguments et réaffirmation de la thèse. Le raisonnement est ici déductif et concessif.

L’anaphore de « il faut » et la liste des « qualités » qu’égrène l’auteur montrent clairement qu’elle souhaite donner une méthode, presque une recette, de bonheur.

De nombreux connecteurs structurent et font progresser le raisonnement : loin donc (opposition), car (cause), donc (conséquence, conclusion), mais (concession et réfutation), or, et (addition).

L’auteur elle-même parle de convaincre : « Il faut commencer par se bien dire à soi-même et pas se bien convaincre… ». Il s’agit de se convaincre d’abord soi-même, ce qui est bien mis en évidence par les verbes pronominaux (se dire et de convaincre) ainsi que par le pronom réfléchi « soi-même ». La répétition de l’adverbe « bien » souligne l’importance de la démarche. Mme du Châtelet ne se donne pas le rôle d’une donneuse de leçons face à un interlocuteur (contrairement aux moralistes qu’elle évoque) mais, par les tournures impersonnelles et l’utilisation de la 1ère personne, comme une personne elle-même concernée par son raisonnement, qui veut faire partager ce dernier.

Même si Mme du Châtelet s’implique dans son discours, elle cherche néanmoins à exprimer la généralité de sa thèse par des tournures impersonnelles (« Il faut, pour être heureux, s’être défait des préjugés… », « il faut commencer par se bien dire à soi-même »), par le pronom « on », gardant une certaine réserve dans ses conseils (au contraire, elle met en cause les moralistes dans leur façon très directe de s’adresser aux hommes : « réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs » → l’impératif les montre très directifs et intrusifs).

Entre concession et affirmation.

Au lieu d’énumérer de nombreux arguments pour étayer son propos, Mme du Châtelet préfère évoquer un argument adverse, une objection potentielle, qu’elle va réfuter par deux contre-arguments. Cela lui permet de rendre compte de la pensée dominante (rhétorique anti-passions très présente aux XVII et XVIIIèmes siècles), et de proposer une thèse plus originale.

Ainsi, une objection fictive est supposée : « Mais, me dira-t-on, les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d’heureux ? »

D’emblée, elle prend ses distances par rapport à cette opinion et souligne par avance son peu de crédit par l’utilisation d’une phrase interrogative, du futur simple et du « on » général et anonyme. Elle va ensuite réfuter cet argument en deux étapes, toutes deux associées à un raisonnement concessif.

1ère étape :

Elle prend d’abord ses précautions en posant la subjectivité de son jugement : « Je n’ai pas la balance… ».

Puis elle fait elle-même une première objection à l’idée énoncée, introduite par le connecteur d’opposition « mais » qui répond au 1er : « mais il faut remarquer que… ».

Elle développe ensuite son opinion à travers une opposition entre gens

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