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Drame romantique

Par   •  21 Mars 2018  •  2 024 Mots (9 Pages)  •  493 Vues

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Sa voix « basse et grave » donne une tonalité tragique à son discours. Ces deux tirades sont un plaidoyer, une tentative désespérée pour convaincre la reine, d'où l'importance du registre lyrique : huit occurrences du « je » dans la première tirade dont la majorité est placée de façon anaphorique. Cette construction montre sa volonté de faire ressortir son innocence, de peindre son portrait pour regagner la confiance de la reine.

Troublé, il oscille entre deux attitudes contradictoires : d’abord, il s'accuse et le vocabulaire propre au blâme est employé à plusieurs reprises : « trahisons », « faute », « je ne me défends pas ». Le conditionnel « j'aurais dû » traduit cette conscience de la faute.

Mais il se défend également à l'aide de dénégations : « je ne suis point coupable », « je n'ai pas l’âme vile» : cette expression est répétée deux fois, comme s'il désespérait d'en convaincre la reine. Les interjections lyriques, la déstructuration de l'alexandrin 13:

« tout dire/oh/croyez-moi//je n'ai pas l’âme vile/ » prouve le désarroi profond qui

l’ agite ». La difficulté de son aveu, la peur de ne pas se faire comprendre rendent sa confession difficile comme le montre le rejet de « à raconter », « tout dire » ainsi que la fréquence des termes liés à la vue : « voyez-vous », « comme vous le voyez », « on va regarder » : il paraît vouloir être transparent, que la reine puisse voir en son coeur qu’il n'est pas ce que l'apparence semble montrer. Le vers trois, par la forte césure : « je n'approcherai pas/ :je parle avec franchise » ainsi que le parallélisme de construction, font ressortir ses deux désirs : ne pas effrayer la reine et mettre son âme à nu devant elle.

L'enchaînement des deux tirades, la coupure des paroles de la reine montre la peur qu'elle ne veuille le comprendre ; il lui faut donc monopoliser la parole pour s'expliquer.

-2 l'agonie théâtrale de Ruy Blas:

la mise en scène concourt au pathétique. Le suicide est précédé par une sorte de ralenti :

« il se lève et marche lentement vers la table » ce qui créet une dramatisation, une tension de l'attente de l'acte. Le geste est ensuite définitif et rapide « il la vide d’un trait» et a le tragique de la fatalité, soulignée là encore par le rythme brisé et par la métaphore coupée par un rejet chaotique : « triste flamme,

éteins-toi»

la flamme représente la vie mais aussi l'amour : Ruy Blas meurt des effets du poison mais aussi d'amour… impossible.

Le champ lexical de l'amour, entrelacé avec celui de la mort, parcourt toute la scène : « je vous ai bien aimé », « vous m'avez aimé », expression dans lesquelles le participe passé marque l'impossible retour : « la faute est consommée ». La perte de l'être cher en est le prix à payer. Le héros romantique amoureux est condamné à mourir (l'amour porte vie et mort) alors qu'il ne désire que vivre et aimer.

- 3 la rédemption du héros : il y a une forte tonalité religieuse dans cette scène. Après la folie de la douleur liée à l'amour vient l'image du martyre : la femme du peuple essuie ses gouttes de sueur comme dans la scène de crucifixion du Christ. Les invocations à Dieu sont récurrentes : « ayez pitié de moi mon Dieu, mon coeur se rompt » (force de la métaphore qui montre le lien entre la douleur physique, mentale et sentimentale.)

Des didascalies mettent aussi en relief cet aspect : « à genoux », « joignant les mains » rappelant le chemin du calvaire qui le laisse « le coeur crucifié ».

Au vers 24, le parallélisme de construction « vous me maudissez et moi je vous bénis » fait ressortir deux attitudes religieuses : l'acceptation du châtiment (la reine est placée comme instrument de la justice divine) et le remerciement du valet et de l'amant pour l'amour que lui a porté la reine. Son pardon prend valeur de grâce divine qui est une vertu rédemptrice. C'est aussi le signe de l'accession à l'existence du laquais dépouillé de sa fausse noblesse.

Le suicide pour huit bla est le moyen de s'élever au sublime car seul ce geste peut réhabiliter la reine, menacé d'être accusé d'adultère. Réconcilier avec lui-même, venger, aimé pour ce qu'il est, pour être « sublime », il doit se sacrifier. Cela fait de lui un héros tragique.

Sa dernière réplique : « si ! C'est du poison. Mais j'ai la joie au coeur » ainsi que la didascalie finale le montrant « levant les yeux au ciel », révèle ce sublime, l'acceptation de la mort et la joie sereine dans l'attente du ciel.

Conclusion : Cette scène de dénouement trouve sa force dans la reprise des procédés de la tragédie classique : utilisation des registres tragique avec le destin attaché aux pas de Ruy Blas, pathétique par la souffrance éprouvée par les deux personnages face à l’impossibilité de vivre leur amour et lyrique dans l’expression très intense des sentiments de Ruy Blas et sa volonté de persuader la reine de son honnêteté. Mais Victor Hugo renouvelle le genre par la dislocation de l’alexandrin, la personnalité de son héros : valet qui s’est hissé jusque dans l’entourage du trône, homme qui s’élève vers le sublime par la noblesse de son caractère, le refus de la règle de bienséance, entre autres. Cette scène est donc un exemple très clair de ce que défend Victor Hugo dans son manifeste sur le drame romantique. On peut d’ailleurs s’interroger sur les motivations de ceux qui ont hué Hernani, autre célèbre drame romantique. Tout comme dans Ruy Blas, la passion n’y est-elle pas intensifiée par le mélange entre le « sublime et le grotesque » ?

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