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L'Affaire Dreyfus, événement mondial

Par   •  4 Décembre 2018  •  4 520 Mots (19 Pages)  •  82 Vues

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La résonance de l’Affaire est donc immédiate. Cependant, la division entre les différents partis qui a pu être suscitée plus tard n’est pas immédiate et dans un premier temps on assiste à un simple relai sans réelle prise de position.

La résonance de l’Affaire s’appuie donc déjà sur ces deux réseaux : la presse et ce qu’on pourrait qualifier de solidarités familiales ou confessionnelles. Mais un troisième réseau existe : celui de la diplomatie. Ainsi, au-delà de l’opinion publique citoyenne, les gouvernements étrangers vont également s’emparer de l’Affaire qui s’inscrit dans un contexte géopolitique précis.

- Un contexte géopolitique qui fait du procès Dreyfus un procès de la France et de ses institutions

L’Affaire éclate dans un contexte de relations tendues entre la France et ses voisins qui vont s’empresser de s’intéresser de près aux rebondissements du procès. L’Allemagne, dans un premier temps, est la première concernée car elle est directement impliquée dans le scandale de trahison qui éclate outre-Rhin. Dès le début donc le pays va s’intéresser à l’Affaire tentant de concilier les mouvements libéraux qui prennent rapidement la défense de Dreyfus et la nécessité géostratégique de rester en dehors de l’Affaire.

Mais l’Allemagne n’est pas la seule puissance à s’intéresser à l’Affaire. Les rebondissements de l’Affaire vont mettre en lumière les différents dysfonctionnements de la France et les puissances concurrentes de la France vont s’en servir pour promouvoir leur propre modèle en opposition au modèle français. Le procès Dreyfus va en fait être l’occasion pour elles de faire le procès de la République française.

Effectivement, aux Etats-Unis par exemple, pour la presse juive l’antisémitisme était une preuve de décadence nationale. Exemple de l’Angleterre également : Affaire éclate à un moment où les rivalités coloniales sont très tendues et deux mouvements s’opposent outre-manche : jingoïsme britannique véhiculé notamment par le Daily Mail contre la nébuleuse en France formée par des personnalités comme Maurras ou Drumont : nationalistes voir xénophobes. Anglais croient également en la distinction entre « race anglo-saxonne » et « race latine », distinction théorisée par Hippolyte Taine, et cela fait qu’ils ne voient dans l’Affaire que les symptômes du présumé caractère national français : idée que l’Affaire révèle les dysfonctionnements que la France s’efforce de cacher : lien étroit armée/Eglise : familles royalistes et jésuites se sont emparées de l’armée, contribuant à la montée de l’antisémitisme contemporain, système judiciaire en grd besoin de réformes : mettre fin au huis clos.

L’événement judiciaire a par exemple mené de nombreux intellectuels à réaliser la révision de leur propre conception de la démocratie et de ses institutions politiques. Le journal La Reforme explique « Le militaire vit de discipline, et la justice d’indépendance ». Par conséquent cette instance doit être supprimée (28 septembre 1898, J delvaux). De la même manière l’Italie, le journal de La Tribuna en Italie tente de transformer le procès Dreyfus en un procès de la République elle-même. Il se félicite de son régime parce que sous un roi une telle affaire voire une telle erreur judiciaire ne serait jamais arrivée. Pour eux elle constituait seulement la décadence de la France avec la corruption de l’Etat-Major. Ils voyaient par cette affaire le fait que la France ne pourrait plus être capable de soutenir une nouvelle guerre. En somme, l’affaire est révélatrice pour l’Allemagne des bienfaits de ses valeurs monarchiques, de l’implantation de chaque parti que ce soit socialiste, libéral et conservateur, du faible taux d’antisémitisme, et d’une volonté restreinte de nationalisme. Alors qu’en France les partis socialistes et libéraux sont minoritaires, tandis que l’antisémitisme et le nationalisme sont prépondérants.

L’Affaire Dreyfus s’inscrit donc dans un contexte de remise en cause de l’exemplarité de la France quant à la question des droits fondamentaux. Mais si les enjeux soulevés par l’Affaire dépassent le simple cadre du procès c’est également car celle-ci s’insère dans un climat d’antisémitisme latent.

C) La montée du sentiment antisémite dans le monde fait de Dreyfus un coupable idéal

La troisième cause du retentissement de l’Affaire est à relier donc à un contexte précis de montée de l’antisémitisme. Les enjeux soulevés par l’Affaire vont au-delà du simple procès d’un traître à la nation : l’accusé est juif et dans le climat de l’époque cela va déchaîner les passions entre les partisans de l’antisémitisme et ceux qui au contraire s’en inquiètent. L’antisémitisme qui se développe à l’époque repose sur deux composantes.

Il est alimenté d’une part par l’Eglise catholique et le cléricalisme. Les juifs sont, originellement dans la religion catholique, considérés comme un ennemi : le traître Judas était juif. Le cléricalisme, en effet ne voyait dans l’affaire Dreyfus que le moyen pour les Juifs d’asseoir leur puissance. Le journal mexicain El Tiempo, publication catholique militante, mit tout son poids et sa langue sans concession au service du camp anti-dreyfusard : Emile Zola ne représentait pas pour lui autre chose qu’un « novelista pornográfiõ », l’auteur de Nana, et le journal « fêta » largement sa défaite en procès d’appel, sa fuite en Angleterre et sa destitution de l’ordre de la Légion d’Honneur.

D’autre part, l’antisémitisme prend ses sources dans l’éveil de l’attachement national et se fonde sur l’idée que les juifs formeraient leur propre nation dans chacune des nations préétablies. Les juifs sont vus comme des étrangers. C’est pourquoi pour les plus conservateurs, le résultat du procès de Rennes, soit la reconnaissance de Dreyfus comme coupable avec « circonstances atténuantes » le condamnant ainsi à dix ans de réclusion, était vu comme un réel soulagement. Le journal Novosti en Russie publie par exemple un article dans lequel l’auteur explique que l’Affaire Dreyfus était l’occasion de « se poser en défenseurs de la patrie, de l’armée et de l’honneur national, et de montrer du doigt les républicains comme ennemis du pays, vendus aux juifs, aux Allemands et aux traîtres ».

Se développe aussi une sorte de théorie du complot, une paranoïa contre les juifs, qui sont présentés par exemple comme les principaux responsables dans divers krachs financiers

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