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Le théâtre est il une bonne tribune pour les idées ?

Par   •  15 Mai 2018  •  1 703 Mots (7 Pages)  •  173 Vues

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diverses. On retrouve cet aspect de diversité assez couramment chez Marivaux, notamment avec L’île des esclaves où il met en avant les relations entre différentes classes. Ainsi, tout individu peut se sentir concerné ; de plus, l’accessibilité se traduit physiquement par le sens de l’ouïe et de la vue (par exemple à la vue des costumes qui en disent long sur chacun des personnages, et à l’ouïe de leurs propos), et moralement par le fond de l’histoire que tout le monde peut comprendre aisément.

Le théâtre est donc une tribune favorable à la diffusion d’idée par sa possibilité de profiter du fictif pour faire passer des messages que tout un chacun est disposé à recevoir. Cependant, il faut se méfier de certains inconvénients liés à cet art littéraire.

Le théâtre est néanmoins un moyen risqué qui ne se prête pas toujours à la diffusion d’idées et de critiques, car il s’expose à des malentendus de la part de spectateurs qui n’en décèlent par toujours le fond, mais il risque également d’être trop compris, ce qui est synonyme de censure.

Le théâtre est, à ses débuts, un divertissement se déroulant dans la rue dans le but d’amuser les passants, avant d’être adopté par la cour. Il arrive ainsi que certains auteurs, qui utilisent le comique pour véhiculer leurs idées, voient leurs œuvres incomprises car le lecteur et le spectateur se contentent du rire. C’est le cas dans Rhinocéros de Ionesco : la métamorphose de tous les habitants en pachydermes suscite les rires par son absurdité. Il n’est cependant pas rare qu’à la première lecture ou au premier visionnage, on ne relève pas la critique des mouvements de masse que Ionesco réalise par le biais d’une métaphore où chaque rhinocéros transformé représente un Homme adhérant aux idéologies politiques montantes du Xxè siècle. Samuel Beckett fait face aux même difficultés avec son œuvre En Attendant Godot, pièce avant-gardiste aux personnages simples d’esprit dont le dialogue tourne en rond en raison de l’absence d’intrigue de l’oeuvre. Durant la représentation, les rires sont immédiats face aux deux protagonistes ridicules qui subissent leur quotidien banal et tiennent des discours incohérents aux préoccupations moindres seulement pour éviter le silence. La réflexion, elle, n’est pas spontanée : penserons-nous au message que veut faire passer Beckett, sur la rupture de l’Homme désabusé avec la vie, la perte de sens du monde, l’écart entre les rêves de l’Homme et la réalité ? Ou nous contenterons-nous du ridicule des personnages tournés en dérision qui inspirent le rire ? Il est donc difficile pour un auteur que son œuvre soit lue ou vue de façon suffisamment attentive.

En outre, il existe une deuxième difficulté pour les dramaturges. Lorsqu’ils choisissent de revendiquer les mœurs de la société, ou les pratiques d’un groupe social, ils prennent le risque que leur critique soit trop explicite ou ouverte et ainsi que toute représentation soit censurée. L’oeuvre de Musset, même après sa mort, a du faire face à la censure. On ne badine pas avec l’amour, représentée pour la première fois en 1861, a du être modifiée et réduite pour s’adapter aux attentes de son temps. Musset attaque en effet le clergé et tout le parti catholique en dénonçant la détestable éducation religieuse des jeunes filles à travers son personnage Camille. Ainsi, certains auteurs font preuve de prudence pour éviter l’interdiction de la représentation de leurs œuvres : Marivaux, dans son œuvre quelque peu contestataire L’île des esclaves, crée une île utopique pour éloigner le spectateur de ses personnages auxquels il est difficile de s’identifier. Il dote sa pièce d’un caractère merveilleux afin de pouvoir critiquer le statut social et le rapport maître-valet en contournant la censure, ce qui manifestement, lui complique le travail. Si, parfois, la pièce échappe à la censure, il arrive cependant qu’elle fasse tout de même polémique. Lors des premières représentations de En attendant godot, la pièce fit scandale. Un conflit s’est installé entre les défenseurs de Beckett et ceux qui quittaient la salle avant la fin de la représentation. L’acteur principal, qui jouait Estragon, a même pour cela refusé de baisser son pantalon à la fin de la pièce. L’indignation de Beckett face à l’irrespect des bases de sa pièce et de ses éléments les plus importants témoigne que l’incompréhension est souvent présente et est parfois responsable de scandales infondés.

Il n’est donc pas évident pour un dramaturge d’utiliser le théâtre comme tribune pour défendre ses idées, en raison des malentendus et de la répression auxquels il peut faire face.

En conclusion, nous avons vu qu’avec le théâtre le dramaturge peut utiliser les personnages comme ses porte-paroles pour exposer à un public particulièrement large ses idées et ses critiques de la société et de ses mœurs, ses idéaux et ses défauts. Il s’avère cependant qu’il reste un moyen risqué, aussi bien par son caractère divertissant qui prend parfois le dessus, que par le risque de censure et de malentendu de la part des spectateurs et des lecteurs. Nous pouvons de ce fait nous demander si le théâtre s’apprécie pleinement lorsqu’il est regardé et si la transmission des idées est totale, ou si la lecture

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