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Anthropologie et terrain

Par   •  1 Octobre 2018  •  2 257 Mots (10 Pages)  •  78 Vues

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Il faut sans doute préciser que des chercheurs peuvent partager une même position sociale et pas forcément les mêmes dispositions théoriques, et inversement. La position sociale d’un chercheur, ses intérêts matériels et intellectuels peuvent orienter ses travaux, mais de façon secondaire. Un universitaire comme Westermarck, dont les recherches sont financées par l’Université de Helsinki, sera, à certains égards, différent de Doutté qui conduit ses missions dans le cadre de l’expansion coloniale française. Toutefois, lorsque les deux s’inspirent des théories universelles et évolutionnistes des croyances, leurs interprétations se rapprochent.

En parcourant la littérature anthropologique consacrée au Maroc, il est facil de noter la quasi-absence d’études relatives aux pratiques dites orthodoxes telles que la prière. L’essentiel de l’ethnographie portait sur des pratiques et des croyances religieuses dites populaires. Pour comprendre ce déséquilibre, il nous faudra davantage nous référer aux cadres théoriques anthropologiques favorisant l’exotique et l’insolite qu’à la position religieuse du chercheur, souvent non musulman, qui lui interdit l’accès aux lieux sacrés .

L’anthropologie a trouvé essentiellement son essence dans l’étude de l’intellectuel occidental des sociétés indigènes. Avec l’avènement d’anthropologues marocains se pose la question du rapport de ces derniers à leur culture et à ce qui se produit à son sujet. C’est certes un avantage d’etre inscrit dans la société que l’on étudie, mais comment l’interpréter ?

Rencontre ethnographique

L’anthropologie est traditionnellement définie comme une discipline basée sur l’enquête prolongée de terrain auprès de sociétés inconnues. Il est donc important d’examiner les effets du cadre théorique et de la position sociale du chercheur sur son expérience de terrain et donc, sur les conclusions de son enquête. En ce sens, la situation ethnographique est l’articulation entre la position sociale de l’anthropologue, son cadre théorique et son expérience quotidienne de terrain.

Durée du sejour et taille du groupe

La durée du séjour sur le terrain est influencée par l’orientation théorique du chercheur et éventuellement par sa position sociale. Doutté ne réalise que de courtes missions, il parle de « courses marocaines ». Westermarck mène son terrain durant sept ans, dont deux de façon continue, et Berque était lui résident au Maroc durant une vingtaine d’années. De façon générale, nous avons l’explorateur, le fonctionnaire colonial résident et l’universitaire chercheur avec des séjours fréquents et plus ou moins longs.

L’objectif est de savoir quel type de terrain et d’ethnographie telle ou telle position sociale permet ou ne permet pas. Un voyageur, comme Douté, n’aurait pas le même type d’accès aux gens et à leurs idées qu’un fonctionnaire résident tel que Jacques Berque. Pour le fonctionnaire résident, l’espace où il circule est d’abord un espace ou s’exerce l’autorité coloniale notamment lié à une fonction administrative avant d’être un terrain au sens anthropologique du terme. Le chercheur colonial et les recherches coloniales restent des catégories vagues qu’il faut nuancer suivant les positions particulières des auteurs et leurs cadres théoriques.

La durée du séjour peut être en rapport avec la taille du groupe étudié, dans le sens morphologique du terme : spatial et démographique. L’anthropologie commença par spéculer sur l’humanité avant de limiter son champ d’observation à des aires culturelles ou à des communautés restreintes. Les travaux de Westermarck illustrent ce changement d’échelle. Il choisit quatorze tribus et deux villes qui représentaient, à ses yeux, la population marocaine. C’est l’enquête multi-site avant terme. Berque observe les communautés qu’il commande et qui sont souvent restreintes. Gellner opte, suivant en cela la tradition anthropologique britannique, pour une confédération tribale. Plusieurs anthropologues américains, à la suite de Geertz, optent pour des villes moyennes, des communautés plus complexes mais délimitées sur le plan géographique.

Ressource linguistique

Parler la langue des groupes étudiés est devenu une exigence anthropologique. C’est un élément crucial dans l’appréciation d’un travail anthropologique. Mais le plus important, c’est l’inscription de cette ressource dans le processus ethnographique. On peut apprendre la langue des groupes étudiés pour les dominer, les administrer ou dialoguer avec eux. L’usage de la langue dépend de la disposition de l’anthropologue à parler ou non aux indigènes ou à ses interlocuteurs, à prendre au sérieux ou non leurs paroles et leurs points de vue. Cette disposition est théorique et éthique. Prendre au sérieux la parole des sujets étudiés n’allait pas de soi. C’est une caracteristique qui, en général, faisait défaut aux anthropologues précurseurs. En tout cas, elle s’accommode difficilement des champs d’inspiration positiviste qui voient des pré-notions partout, qui tendaient plus a qualifier les croyance des indigènes comme étant des superstitions et ne bénéficiant d’aucune crédibilité . Prendre en compte le sens que donne l’acteur à son action (Westermarck, Berque, Geertz,) ou le rejeter (Doutté, Gellner) sont deux principes contradictoires qui orientent les chercheurs vers des descriptions différentes, voire opposées.

Le rapport aux observés

La manière dont le chercheur pense et perçoit sa différence conditionne son rapport à l’autre: civilisé/sauvage, chrétien/musulman, colonisateur/colonisé, dominant/dominé, citadin/rural, étranger/Marocain. C’est à ce niveau la que l’influence s’opère. Nous distinguons à cet égard le rapport théorique aux observés et le rapport effectif. Le premier consiste dans ce que l’observateur nous dit explicitement la manière dont il conçoit ses rapports aux observés. Ce niveau est plus simple à identifier et à décrire. Par contre, le rapport effectif aux observés est souvent omis ou occulté dans les textes anthropologiques. Nous avons essayé, quand cela a été possible, de l’examiner à partir de textes relatant l’expérience de terrain (journal de voyage, mémoire, interview, préface).

La condition sine qua none à un travail de terrain, réside, tout d’abord, dans l’acceptation du chercheur par les groupes étudiés. L’expérience de Doutté offre un exemple clair

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