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Baudelaire - Les Fleurs du Mal - Question d'ensemble sur l'Idéal.

Par   •  8 Novembre 2017  •  3 275 Mots (14 Pages)  •  104 Vues

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Mais bientôt, la ville devient pour lui une prison de l’âme qui détruit ses rêves d’évasion, lui renvoyant l’image de sa propre solitude et de ses démons. Le soir, ce soir charmant qui apporte la paix et le réconfort, « la cité de fange » est le domaine des catins, des escrocs, des voleurs. C’est l’heure où se remplissent les théâtres, les asiles, les hôpitaux, tous les endroits où l’homme cherche à vaincre l’ennui, la maladie ou la misère (voir « Crépuscule du soir », LXXVII).

C’est la victoire du « Spleen » du « Spleen de Paris » sur l’« Idéal ».

Les paradis

Tout d’abord, « les paradis perdus », les seuls vrais selon Proust. La mémoire, qui les conserve engloutit l’authenticité ; le poète ou l’artiste plus qu’un autre, a le pouvoir de les « évoquer », au sens le plus fort du mot (en latin evocare = faire sortir en appelant), c’est-à-dire leur redonner une réalité.

C’est en particulier l’enfance, heureuse avant l’arrivée de l’intrus (Aupick), la maison de Neuilly, la « servante au grand cœur », la mère trop chérie, qui aime et qui trahit, elle qui, la première, éveille la sensualité au double visage, celui de la tendresse et celui du péché. C’est l’innocence de « ce vert paradis des amours enfantines », découvert ou entrevu auprès d’une mystérieuse Agathe (« Moesta et errabunda », LV). Mais l’évocation est illusion, les souvenirs sont rêvés, comme le dit Nerval, et la réalité retrouvée après ces brèves tentatives d’évasion, paraît encore plus noire et plus immonde. C’est aussi une « vie antérieure ». Des poèmes comme « J’aime le souvenir de ces époques nues » (V), « La Géante » (XIX) et bien sûr « La Vie antérieure » (XII) expriment la nostalgie de l’âme, le regret de ces temps où l’homme était libre et heureux, loin de « ce siècle vaurien » (« Idéal », XVI). Mais ces temps n’existent que dans les rêves des poètes, et Baudelaire est attiré, tout autant, sinon plus, par l’action de l’homme (ordre), que par l’état de nature (luxe et volupté).

A ces paradis, qui sont des retours vers le passé, s’ajoutent ceux que l’imagination offre à l’esprit, voyages vers des pays lointains, découverte de sites exotiques, propres à satisfaire à la fois l’envie d’ailleurs et le goût de la paresse, de la volupté, de la douceur de vivre, dans une sorte de pureté retrouvée, que suggère notamment la peinture de Gauguin.

La femme elle-même est tout un voyage, navire, océan, rivage au port, en particulier Jeanne Duval, la « Vénus noire », au « parfum exotique » (XXI), « [veuve] du ciel profond » ou « [sortie] de l’abîme » (« Hymne à la beauté », CVI).

Mais « l’invitation au voyage » (XLIX) qu’inspirent les yeux verts et profonds (« traîtres yeux ») de Marie Daubrun, expriment un appel différent, vers un pays (probablement la Hollande), un pays où l’on trouverait « ordre et beauté », autant que « luxe » et « volupté », le « calme » autant que la passion.

Cette recherche de l’« idéal » est vaine. L’évasion souhaitée n’est possible que « n’importe où hors du monde », en dehors de « cette vie [qui] est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit » (« Le Spleen de Paris », XLVIII).

Pourtant les « paradis artificiels » donnent l’impression que l’évasion est facile : on y accède immédiatement par le vin, le hachisch et l’opium.

Le premier libère et fait chanter : « Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles » (« L’Âme du vin », XCIII).

Il soulage aussi bien le chiffonnier, l’assassin, le solitaire, les amants. Le hachisch et l’opium stimulent l’imagination et endorment la conscience dans un état d’euphorie, qui « Projette l’illimité, / Approfondit le temps, creuse la volupté » (« Le Poison », XCV).

« Mais le lendemain ! le terrible lendemain, les titillantes envies de pleurer, l’impossibilité de s’appliquer à un travail suivi, vous enseignent cruellement que vous avez joué un jeu défendu. La hideuse nature, dépouillée de son illumination de la veille, ressemble aux mélancoliques débris d’une fête » (« Le Poème du Hachisch », V, Morale, dans Les Paradis artificiels). De même, « La Pipe » peut charmer le cœur et guérir l’esprit de ses fatigues (LXXXVI), mais quand la fumée s’est dissipée, la réalité est toujours là. Quant à « la Musique », elle « prend comme une mer », mais elle est aussi « le grand miroir [du] désespoir » (LXXVI).

Le sentiment religieux

Même si Baudelaire n’est pas Pascal, ni même Chateaubriand ou Lamartine, la religiosité tient une place importante dans sa recherche de l’« idéal ».

Le sentiment de la chute entraîne le désir d’« Elévation » (III), le goût de la luxure, celui de la pureté et de la spiritualité. La préoccupation du salut de son âme, l’envie d’être un héros exemplaire ou un saint s’expriment à plusieurs reprises, notamment dans les « journaux intimes » : « faire tous les matins ma prière à Dieu, réservoir de toute force et de toute justice, […] le prier de me communiquer la force nécessaire […] », « Calcul en faveur de Dieu. Rien n’existe sans but. Donc mon existence a un but […] », « Le goût du plaisir nous attache au présent. Le soin de notre salut nous suspend à l’avenir […] Avant tout Être un grand homme et un saint pour soi-même », « Prière - […] Donnez-moi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours et de devenir aussi un héros et un saint » (« Fusées », fragment XXII et « Mon Cœur mis à nu », fragments III, XXIV et XXV).

Dieu est présent, nommément, ou sa présence est sous-jacente dans de nombreux poèmes, surtout ceux qui sont inspirés par Apollonie Sabatier, comme « Réversibilité » (XL). La « Bénédiction » (I) est, pour le poète, maudit par sa mère, une juste compensation. Toutefois, il a laissé son fils mourir dans les supplices, et le Mal s’installer ici-bas, ce qui justifie la « révolte » du chrétien, et en particulier « Le Reniement de Saint Pierre » (XC). Quant à Satan, à qui sont adressées les « Litanies » (XCII), « Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! », il apparaît beaucoup plus comme le « Prince de l’exil », consolateur des parias et de « l’homme frêle qui souffre » que comme le Malin. Il est « Le Joueur généreux » du « Spleen de Paris » (XXX), le « bon diable » qui propose

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