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Corrigé du commentaire de texte sur l’art du dialogue Gorgias Platon

Par   •  23 Octobre 2017  •  3 926 Mots (16 Pages)  •  183 Vues

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Le deuxième cas de figure est celui d'un dialogue qui tourne mal, qui finit en foire d'empoigne et s’achève dans la violence. Pourquoi au lieu de chercher ici encore " ce qui est au fond de la discussion " en vient-on aux injures et aux insultes ? Parce que, étant au départ en désaccord sur le sujet abordé, "on veut avoir le dernier mot" et l'on accuse l'autre de se tromper ou de parler confusément ! Notons que le texte insiste dans cette partie sur l’exigence de bonne foi dans le dialogue car ce qui est mis en jeu lorsque des opinions s’échangent c’est non seulement la vérité mais aussi la vertu. Les individus qui échangent leur point de vue sont tout aussi soucieux de leur ego et de leur amour propre qui peut être mis à mal lorsqu’il faut reconnaître avec humilité son tort. C’est pourquoi les interlocuteurs usent « de mauvaise foi », ils mentent et ne se contentent pas de faire des erreurs, et finissent par envenimer la discussion. En effet, accepter d'être réfuté: voilà bien ce que Socrate attend de Gorgias et à quoi il voulait le conduire.

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2) Socrate vient donc de déterminer les écueils du dialogue en établissant un constat empirique de la lutte sophistique et peut maintenant s’attacher à réfuter l’argumentation de Gorgias qui précède l’extrait que nous avons à étudier. Socrate reproche à Gorgias son manque de cohérence et d’accord entre ses prises de proposition : il relève donc une contradiction logique qu’il résoudra dans la dernière partie du texte. Le problème de la sophistique c’est qu’elle préfère la réfutation et n’accepte pas elle-même la réfutation ou la reconnaissance de ses contradictions. Elle veut bien voir les torts des interlocuteurs sans regarder les siens. C’est donc un dialogue en sens unique qui ne cherche pas la réciprocité et qui n’a pas le souci de la vérité . Comment donc veiller à ce que le dialogue ait pour souci la vérité, c’est-à-dire la clarté et la distinction du propos ? Comment éviter que le dialogue ne devienne polémique et ne mette en cause les personnes ?

Dans le second temps, Socrate ménage Gorgias afin de ne pas le piquer au vif. Il lui explique la raison de son détour par les écueils du dialogue. Ce détour avait en effet pour but de préparer Gorgias en lui faisant comprendre qu'il est capital d'accepter les critiques de son interlocuteur dans la mesure où elles se veulent constructives. C'est alors que l'on apprend que Socrate à l'impression que ce que Gorgias "vient de dire n'est pas tout à fait cohérent, ni parfaitement accordé avec ce qu'il disait initialement, au niveau de la rhétorique". On apprend ainsi que le sujet de leur entretien était la rhétorique elle-même - ce qui, confère une importance encore plus grande au thème abordé par Platon, car comment prétendre parler de la rhétorique si on n'applique pas les règles élémentaires de tout discours constructif ? La rhétorique qui voit son avènement au moment de l’éclosion de la démocratie constitue pour Socrate le ciment de la tyrannie. La démocratie, telle que la définit Athènes, a permis d’assurer à tout individu sa défense, qui a le droit et la possibilité de porter les armes pour défendre la « patrie », de participer effectivement à l’exercice du pouvoir. Les assemblées municipales, la Pnyx, où se réunit l’Assemblée populaire, les marchés, où chacun, librement, discute de ce que bon lui semble, les tribunaux, définissent des lieux nouveaux où le citoyen pauvre, sous la garantie de la loi, peut attaquer le riche ou le noble, non pour le spolier, mais pour exiger de lui qu’il partage, pour le plus grand bien de tous, ses privilèges. Le régime démocratique a besoin, de par sa nature, d’un mode d’éducation nouveau. Cela ne suffit plus maintenant, il faut savoir parler. La parole est désormais la « technique des techniques », celle qui permet à chacun à l’Assemblée, dans les procès, de faire valoir son point de vue. C’est grâce à elle que le citoyen peut défendre son rang et son indépendance, qu’il s’impose dans la ville. Les plus illustres de ces maîtres de rhétorique sont Gorgias, Protagoras, Prodicos, Hippias, Archidamos ils n’ont d’autre programme que d’apprendre à leurs élèves à bien parler de tout et de n’importe quoi, à défendre avec persuasion n’importe quelle cause. En apparence, cet enseignement n’a aucun contenu ; il n’impose rien d’autre qu’un encyclopédisme vague et ingénieux. Ces professeurs de rhétorique ne peuvent manquer de faire valoir les principes fondant le régime dont ils tirent leur influence ils sont donc comme le montre Socrate dans le texte détenteurs d’une forme de pouvoir et peu enclins à perdre ce pouvoir. Dès lors comment le dialogue peut-il s’établir ?

On vient de reconnaître que se refuser la première critique est dommageable pour la qualité de la discussion, et Gorgias n'a élevé aucune contestation. Socrate ne lui laisse pour autre alternative que d'accepter d'être critiqué, mais il le fait avec un grand tact en précisant à Gorgias qu'il a "peur de le réfuter". Socrate, en affirmant vouloir "rendre clair" la question de la rhétorique veut donc d'un dialogue avec Gorgias qui soit dépourvu des défauts énoncés plus haut. Socrate montre sa bonne foi et son souhait de ne pas verser dans la dispute interminable et vaine. Ce qui vient d'être dit aurait pu suffire à amener Gorgias à accepter d'être réfuté. Mais, sans doute parce qu'il estime que la fierté d'un sophiste doit encore être davantage ménagée, Socrate va rassurer Gorgias sur ses intentions en évoquant sa propre sensibilité. Il renvoie Gorgias au souci qu’il a de connaître ses interlocuteurs. Dans quelle mesure dès lors faut-il s’assurer de la qualité de ses interlocuteurs avant de commencer tout dialogue ? N’est-ce pas le souci qui nous porte vers autrui qui peut légitimer l’accueil bienveillant que nous avons lorsqu’il nous parle et échange avec nous ?

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3) Finalement dans un dernier temps, Socrate interroge Gorgias. Il l’interroge dans cette troisième partie de l’entretien et insiste sur le caractère vivant du dialogue qui à l’inverse de l’écriture ou d’un traité s’accompagne de la connaissance de celui à qui l’on parle. Plus encore, l’écrit introduit, selon Platon, une frontière entre la pensée et elle-même, au point d’instaurer un étrangement : une

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