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Les arts, laboratoire de la flexibilité : reflexion autour du livre de Pierre-Michel Menger

Par   •  6 Décembre 2018  •  2 521 Mots (11 Pages)  •  3 Vues

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Des solutions ont donc dû se mettre en place: aux Etats-Unis par exemple, les syndicats de salariés ont obtenu que la rémunération soit composée d'une partie fixe conventionnelle (base fixe, minima salariaux selon l'emploi et la qualification), d'une partie négociable entre l'artiste et l'employeur (partie variable individualisée, sur-rémunération selon le niveau de réputation), et de versements aux artistes interprètes de droits proportionnels aux revenus tirés de l'exploitation des oeuvres audiovisuelles). En France,d'autres formes de protection se sont mise en place, puisque le travail intermittent est assimilé à une modalité de salariat, et permet à ceux qui satisfont aux critères d'éligibilité d'être indemnisés pour les périodes de chômage durables.

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Un artiste alterne donc entre activité et recherche d'activité. Pour que la main d'oeuvre soit disponible, il faut que le coût de cette disponibilité soit partagée entre l'entreprise qui paie des salaires dont le taux horaire est plus élevé que dans d'autres section à qualification donnée, et le salarié sur qui repose le poids de la recherche permanente d'un travail et la préparation de l'activité. Ce système dispose aussi d'un mécanisme spécifique d'assurance contre le sous-emploi.

Depuis 30 ans, c'est ce système d'emplois flexibles qui prédomine, pour contenir la hausse des coûts de production, pour s'ajuster à l'expansion de la sous-traitance, et pour spéculer continuellement sur les talents nouveaux. D'où un résultat paradoxal : la croissance de l'emploi s'est accompagnée de la croissance du chômage indemnisé, car l'accroissement du nombre d'artistes ne s'est pas fait en parallèle d'un accroissement équivalent du niveau d'activité.

De ce fait, il y a une inégalité entre ceux qui tirent profit de leur réputation pour travailler davantage dans un marché en expansion, et ceux qui constituent la force d'appoint d'un système en quête permanente de flexibilité. De plus, l'employeur peut faire le choix de soit choisir une personne avec qui il a déjà travaillé et ainsi joué la carte de la sécurité, ou le risque attaché à la découverte de nouveaux talents.

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La flexibilité : un modèle économique prédominant aujourd’hui

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La flexibilisation du marché du travail

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La fin des 30 glorieuses dans les années 1970 marque le début d’une évolution forte du marché du travail. La fin progressive du plein emploi et l’augmentation de la concurrence avec des rapports de production de plus en plus mondialisés incite les entreprises à faire évoluer leur modèle économique, jusque-là dominé par le fordisme (production de masse via une double division du travail : parcellisation des tâches et séparation conception/réalisation). Pour tirer plus d’avantages de la situation très concurrentielle dès le choc pétrolier de 1973, les entreprises se tournent vers une plus grande flexibilisation du marché du travail. Un exemple très parlant est celui du toyotisme cherchant à réduire les coûts de production en employant des ouvriers plus polyvalents et en suivant un système de flux tendus, la production s’adaptant à la demande et non à l’offre. Cela implique aussi une grande flexibilité des employés, une variation des cadences de travail (souvent à la hausse), une mise en concurrence au sein de l’entreprise et un certain endoctrinement à l’esprit d’entreprise, comme les constatations du journaliste Satoshi Kamata qui en 1972 publie “Toyota, l’usine du désespoir”. Le modèle toyotiste, à la base créé pour l’entreprise Toyota par Taiichi Ono en 1962, s’étendra rapidement à l’échelle mondiale, au moins sous certains de ces principes, notamment grâce à l’avènement de l’ultra-libéralisme prôné par Reagan aux États-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne dans les années 1980. Ce modèle de flexibilité est en fait la considération du travail et de l’emploi comme une simple variable d’ajustement pour les coûts de production, sans prendre en compte ses différents aspects sociaux. On retrouve d’ailleurs ce principe dans l’expression “marché du travail”, montrant le travail comme une marchandise similaire à n’importe quelle autre.

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La situation en France

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Malgré la spécificité du droit du travail français et l’héritage d’un État fort et régulateur, la flexibilisation du marché du travail se développe aussi en France depuis la fin des années 1970, avec une libéralisation progressive de l’économie. Cela peut se remarquer par différentes caractéristiques :

- Un recours croissant aux formes d’emploi particulières comme les CDD dont le nombre de déclarations d’embauche augmente de 80% entre 2003 et 2013.

- Des durées d’emploi qui se raccourcissent avec un nombre de CDD de moins d’un mois qui va croissant (notamment dans les secteurs artistiques et tous les secteurs concernés par les CDD “d’usage”), et la durée moyenne des missions d’intérim sur une pente descendante.

- Une progression forte de l’emploi partiel qui passe de 8 à 18% des salariés entre 1982 et 2012. Un tiers de ces situations sont subies, ce qui est plus que la moyenne européenne.

- Une augmentation du travail le dimanche et de nuit depuis le début des années 1990.

Aujourd’hui en France, l’évolution constante de ces tendances est accompagnée par des décisions politiques. L’actualité regorge en effet depuis quelques années des lois allant de plus en plus loin dans la réforme du code du travail (loi travail en 2016, ordonnances Macron en 2017…) avec des propositions en faveur de toujours plus de flexibilité, économique et souvent salariale (plafonnement des indemnités pour licenciement illégal, renvoi de plusieurs sujets comme le travail de nuit à la négociation d’entreprise etc.). Les débats forts autour de ces questions montrent la sensibilité du sujet, notamment avec la nouvelle forme qui cristallise aujourd’hui l’ultra-flexibilité : l’ubérisation.

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