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La poésie se définit-elle comme une vision ou comme une maitrise de la langue ?

Par   •  6 Mai 2018  •  2 785 Mots (12 Pages)  •  1 359 Vues

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» de Théophile Gautier, on remarque un certain lexique qui témoigne de cet effort de perfection : « Sculpte, lime, cisèle ». Il y a une énumération de verbes qui constituent un effort physique pour parfaire l’œuvre idéale. Le poème devient avec les parnassiens l’équivalent d’un bijou ciselé par un orfèvre ou un joaillier, ou d’une statue de marbre taillée par un sculpteur. On comprend dès lors Octavio Paz lorsqu’il estimait : « La création poétique est d’abord une violence faite au langage. Son premier acte est de déraciner les mots. ».

Transition possible : Bien vrai que la poésie est un genre insistant sur le travail sur le langage, il n’en demeure pas moins qu’elle pourrait être une vision sur les problèmes de la vie.

2ème Point : La poésie, conçue comme une vision

Argument 1 : La poésie, comme une vision s’inspirant du monde intérieur du poète.

La poésie est souvent conçue comme un moyen de transcription d’un univers intérieur. Elle devient en ce moment un moyen de connaissance de l’homme, de ses émotions, de sa sensibilité. Ceci à travers l’expression des états d’âme du poète, de ses sentiments, de son expérience personnelle. Le genre poétique devient alors un dévoilement du cœur. Musset dit à cet effet : « c’est le cœur qui parle et qui soupire, lorsque la main écrit c’est le cœur qui se fond ». Lamartine abonde dans le même sens : « je n’imitais plus personne, je m’exprimais moi-même pour moi-même. Ce n’était plus un art, c’était un soulagement de mon propre cœur, qui se berçait dans ses propres sanglots. Ces vers étaient un gémissement ou un cri de l’âme ».

Cette poésie lyrique (Le mot lyrisme vient du nom lyre, instrument de musique qui, à l’origine accompagnait la poésie chantée) chante les émotions, les aspirations, les joies et les peines du poète. Hugo évoque ainsi la mort de sa fille Léopoldine dans Les Contemplations, Rimbaud puise l’inspiration de ses Poésies dans sa propre enfance, “le lac de Lamartine” est un hymne à la femme qu’il aime et au désespoir suite à sa mort, Alfred de Musset dans “Nuit de décembre” exprime sa solitude loin de la femme qu’il aime, cette solitude qu’il a ressentie tout au long de sa vie, Du Bellay dans ‘’Heureux qui, comme Ulysse’’ exprime sa nostalgie de sa France natale.

Toutefois, cette poésie lyrique tend à l’universalité, parce que les situations et les thèmes qu’elle développe concernent tout homme, dont le poète se fait l’interprète. En disant « je », le poète ne parle pas plus de lui-même que du lecteur, voire de l’homme en général. Hugo affirme ainsi, dans la préface de Les Contemplations : « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous », avant d’ajouter qu’un recueil de poésie lyrique contient « autant l’individualité du lecteur que celle de l’auteur ».

Cette transcription de l’univers intérieur permet aussi à la poésie de prospecter (explorer) un monde invisible, celui du mystère. En atteste la poésie symboliste qui cherche à percer le mystère des choses. Baudelaire se proposait à cet effet de « plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ».

Le surréalisme, par une exploration systématique de l’inconscient ou du domaine de l’automatisme psychique, révélera également à travers la poésie des réalités cachées dans le psychisme de l’être humain par une exploration systématique de l’inconscient ou du domaine de l’automatisme psychique.

Argument 2 : La poésie conçue comme une vision sur les problèmes sociaux politiques ou religieux (la recherche de la vérité).

La poésie peut s’inspirer des problèmes d’ordre social, politique ou religieux. Cette poésie qui est dite engagée désigne des œuvres dans lesquelles le poète prend position et met sa plume au service d’une cause (qu’elle soit politique, morale, sociale…). Le poète engagé défend, dénonce, révèle, témoigne dans le but d’éveiller les consciences et de pousser à l’action.

Le poète intervient dès lors dans les affaires socio-politiques de la communauté en mettant son art au service d’une cause qui s’ancre souvent dans un contexte historique. La plume devient une arme puisque pour Cioran « un livre doit remuer les plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger ». Le poète devient désormais :

- un mage, un visionnaire, un prêtre ou un prophète. Dans le poème « Fonction du poète » Hugo dévoile l’image religieuse du poète en ces termes :

« Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs »

Le poète engagé est donc un messager voire un Prométhée qui apporte la lumière à son peuple frappé de cécité.

- un militant : il est un témoin dénonciateur et Eluard de dire : « le temps est venu ou tous les poètes ont le droit et le devoir de soutenir qu’ils sont profondément enfoncés dans la vie des autres hommes, dans la vie commune ».

Ce militantisme est bien présent dans la littérature négro-africaine puisque pour Jacques Rabemananjara dans “Le poète et son peuple”, « le poète noir est le seul de tous les poètes à qui il est refusé le luxe de s’abstenir ad libitum (à volonté) des affaires de son peuple » Ainsi, plus souvent, la poésie engagée apparaît dans des contextes de tensions politiques : Agrippa d’Aubigné écrit Les Tragiques (1616) pour dénoncer les exactions ( actes de violence ou de mauvais traitements) commises par les catholiques durant les guerres de religion. Il décrit l’horreur de ces massacres, plus particulièrement dans le poème “Guerre sans ennemi” qui relate l’épisode sanglant de la Saint-Barthélemy (24 août 1572),

"Jour qui avec horreur parmi les jours se compte

Qui se marque de rouge et rougit de sa honte".

Hugo compose Les Châtiments (1853) pour défendre la démocratie contre le régime autoritaire de Napoléon III. Pour lui, action et poésie peuvent et doivent aller de pair, le poète a sa place dans la société (« la cité ») et ne doit pas s’enfermer dans une tour d’ivoire. Ainsi, dans ce recueil qui fustige la politique de Napoléon III, on retrouve cette idée fondamentale selon laquelle le poète a pour rôle de dénoncer les abus de pouvoir, la tyrannie et l’injustice.

On peut

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