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Explication de texte sur la religion de Marx

Par   •  24 Novembre 2018  •  3 280 Mots (14 Pages)  •  156 Vues

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Il est donc à présent en mesure d’introduire habilement la critique suivante : la religion n’apporte rien véritablement au monde réel, et elle ne peut en aucun cas y apporter de corrections. L’unique action dont elle est capable est de masquer les adversités de la réalité aux yeux des hommes et cela, parce qu’elle renvoie à un monde imaginaire. Par ce constat il oppose ainsi deux mondes : celui des hommes dans lequel l’individu a un réel pouvoir d’action sur sa situation, et celui de la religion, dans lequel aucun agissement ne permet d’influer sur sa condition. Marx est donc profondément convaincu qu’il n’existe aucune possibilité que la religion ait une finalité physique dans le monde des hommes, c’est-à-dire qu’elle modifie la situation matérielle d’un homme. Il n’y aurait alors aucun rapport de causalité entre le comportement religieux d’un individu et sa condition. Cela implique donc qu’il n’y a pas à craindre le divin puisqu’il ne peut pas agir sur le monde réel et donc qu’il ne peut pas châtier. Ces deux mondes sont donc tout à fait cloisonnés ; aucun fait ou phénomène réel ne pourrait alors trouver son origine ou son explication dans le monde religieux. Là réside alors une seconde implication de la profonde séparation de ces mondes : il est alors impossible que l’ordre de notre monde ait été érigé par le divin, il ne peut être que le fruit du vivant puisque le premier n’a aucun moyen d’action sur le deuxième. L’homme est alors l’unique maître de sa condition ou du moins, le divin n’entre pas en jeu dans la détermination de celle-ci. Il devient dès lors illégitime d’espérer que ce dernier puisse améliorer de quelque manière que ce soit le sort d’un individu.

Cette vision binaire de l’univers, c’est-à-dire qui conçoit deux mondes hermétiquement séparés, est illustrée par le lien entre misère réelle et misère religieuse qu’il étudie par la suite. Tout d’abord le recours à la religion est selon Marx, le témoin inéluctable d’une situation miséreuse. En effet elle montrerait en creux par la quantité des attentes qu’il porte dans l’au-delà tout ce dont il ne dispose pas dans la réalité. Ainsi une misère religieuse impliquerait de façon inéluctable une misère réelle. On peut cependant nuancer ce propos de Marx par le fait que la religion n’est pas exercée uniquement par des individus de basse condition, elle permet la poursuite d’autres buts. Certains l’emploient dans une optique d’accomplissement personnel ou encore pour combler l’absence d’une figure paternelle. Ainsi elle n’est pas que le fait des classes populaires et son utilité ne doit sans doute pas être considérée uniquement dans le cadre de la peine. La religion est aussi une réponse à l’inquiétude du lendemain partagée par tous, des pauvres comme des riches. Aussi, bien qu’elle relève de la chimère, la religion permet de répondre à des attentes que le monde réel ne saurait apporter à l’homme d’aucune manière. Il serait alors intéressant d’envisager la religion non pas comme un substrat illusoire au monde réel mais comme un complément qui permettrait de mieux vivre cette réalité. Ainsi peut être qu’un homme qui suit assidûment les préceptes catholiques trouverait dans l’assurance d’accéder au Paradis et donc à une mort sereine, une paix intérieure lui permettant de vivre paisiblement son existence. Il n’est donc pas forcément incompatible de tenter de faire évoluer sa condition misérable en agissant dans le monde réel et, dans l’attente d’une évolution, d’employer le monde chimérique de la religion pour mieux la supporter. Marx cependant ne conçoit pas la religion de cette façon-là mais plutôt comme un masque qui détournerait l’attention des individus de leurs moyens d’agir dans la réalité. En effet l’homme en disposant d’une légitimation de sa condition misérable est conduit à s’y conforter. La détresse dans laquelle il se trouve fait naître chez lui le désir de cet illusion. Mais une illusion c’est par définition une apparence fausse de la réalité dont il ne suffit pas de savoir qu’elle est une illusion pour cesser d’y croire : il faut faire un effort en détachant ses désirs de la réalité. Ainsi la religion subsistera tant que l’homme désirera cette illusion, elle est donc entretenue par le malheur des hommes. Et, dans la mesure où elle est définie par l’homme, la religion répond alors précisément aux attentes des individus afin de leur offrir la perception de leur état qu’ils veulent avoir. C’est en ce sens qu’il compare la religion à l’« opium du peuple ». Ainsi elle n’est qu’un palliatif éphémère à l’image d’une drogue, elle donne l’illusion d’améliorer le sort d’un individu alors qu’elle ne fait que masquer de façon passagère ses maux. Elle endort donc la révolte éventuelle en suggérant l’espoir d’un jour meilleur, et donne l’illusion aux individus qu’ils peuvent agir sur leur destin. Elle masquerait donc leur aliénation au profit de ceux qui auraient intérêt au maintien de la situation telle qu’elle est. Ainsi il est non seulement illégitime d’attendre de la religion qu’elle améliore notre situation, mais elle nous empêche aussi d’agir nous-même sur celle-ci en étouffant la révolte.

Cependant il accorde au concept de la misère religieuse un second élément qu’est un moyen « de protestation de la misère réelle ». En effet si l’individu aspire par la religion à des jours meilleurs, c’est déjà qu’il est conscient de sa condition et que quelque part, il tente de la faire évoluer. En ce sens la religion peut être perçue comme les prémices d’une révolte : elle réunit des individus qui semblent vouloir autre chose que ce que le monde réel leur apporte. Dans la conception de Marx, s’ils avaient accepté leur condition sociale la religion leur serait alors inutile. Le recours massif à la religion des classes populaires serait donc l’illustration que ces dernières n’acceptent plus leur condition, ce qui est donc une forme de protestation. Ainsi tout le cheminement qu’il a effectué amène Marx à la considération suivante : si le recours à la religion indique une protestation des individus de leur condition, il ne suffit alors plus qu’à leur montrer que s’ils se révoltent dans le monde réel, il ne sera alors plus nécessaire d’avoir recours à ce monde imaginaire. Il s’agit alors de soigner les maux dont l’homme est victime pour ne plus avoir besoin de cet opium. Il invite non pas à dénigrer la religion dans son intégralité mais à transférer ses attentes dans ce monde chimérique vers la réalité, c’est-à-dire protester directement contre sa misère réelle. La finalité étant ainsi

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