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L'engagement politique : moi, je ne fais pas de politique

Par   •  16 Février 2018  •  2 139 Mots (9 Pages)  •  237 Vues

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C’est que qui distingue cette démocratie grecque à la nôtre, le fait qu’on ait cru qu’il fallait mieux professionnaliser la politique, au risque de ne plus entendre toutes les voix et donc de voir des citoyens se déresponsabiliser d’une certaine sorte. Mais, ce citoyen ne se retire pour autant pas de la politique, il rentre dans la logique d’une revendication non-revendicative, qui se réclame d’aucune opinion, ou plutôt de celle de ne pas vouloir en avoir.

En se retirant d’un jeu politique qui dépérit, que le citoyen n’accepte pas, il revendique une passivité contre cette politique même et donc fait un choix politique. En cela, réprouver la politique c’est en faire.

Il ne suffit pas donc de se convaincre que la politique est une nécessité impérieuse pour la vie humaine comme nous l’avons fait plus tôt. Il faut encore pouvoir maintenir dans nos sociétés contemporaines la possibilité d'un espace pour la délibération.

III] Le sens du politique se trouve dans l’action (Arendt)

Les citoyens se détachent donc de la politique car ils pensent qu’elle ne peut rien leur apporter. Par une revendication non revendicatrice, ils s’appliquent donc à ne rien faire en espérant un changement.

La philosophe Hannah Arendt, dans ce contexte de dépérissement de la politique écrit : «La question aujourd'hui ne s'énonce pas tellement en ces termes : quel est le sens de la politique ? Au sentiment des peuples qui, un peu partout, se sentent menacés par la politique et parmi lesquels les meilleurs ont consciemment pris leur distance par rapport à la politique, on comprend que corresponde mieux la question qu'ils se posent et que d'autres se posent : la politique a-t-elle encore un sens ?»

Elle soulève ici le fait que cette passivité est due au sentiment d’impuissance face à ce dépérissement de la politique et elle justifie cette prise de distance avec le politique. Cependant, en soulevant le problème du sens de la politique, elle explique que l’action est la seule manière de se comporter politiquement. Elle réfute cette thèse de la revendication passive et appuie sur l’importance de l’action comme seul sens du politique.

Elle explique que la politique, c’est l’agir dans la cité. C’est initier. C’est créer. L’agir, c’est l’action par laquelle quelqu’un (un quelqu’un quelconque) commence quelque chose (un quelque chose a priori quelconque) de nouveau dans le monde, introduit de l’inattendu dans l’enchaînement des événements, et cela, sans même avoir la représentation de son but. Car l’agir politique n’est pas stratégique. Il ne vise aucun but, ne met en joue aucun ennemi. L’agir politique est l’initiative d’un quelconque au sein et en vue d’un nous et donc d’un monde commun. La pluralité du vivre ensemble naît de cette confrontation des initiatives, qui permet, à l’être humain (après l’horreur du nazisme, lorsque la tradition a été brutalement rompue, l’homme serait-il devenu superflu, se demande-t-elle ?) de revivre en permanence.

L’agir politique, c’est l’agir permanent d’un revivre, un risque en direction du "nous". Et non pas un détachement, une déresponsabilisation qui ne vise finalement que l’intérêt propre.

Elle exclut l’individualisme en expliquant que la politique prend naissance dans l’espace qui est entre les hommes, donc dans quelque chose de fondamentalement extérieur à l’homme. Elle prend naissance dans l’espace intermédiaire, celui de la relation. Ce n’est pas en partant de l’homme qu’on peut comprendre l’existence d’un sens de la politique, mais bien en partant d’une pluralité qui n’existe que comme tissu de relations entre individus absolument différents. La politique organise d’entrée de jeu ces individualités en considérant leur égalité relative et en faisant abstraction de leur différence relative.

En ce sens, réprouver la politique c’est non pas faire de la politique, mais au contraire couper le lien qui nous unit tous (la politique naît du langage, de la communication) et qui nous unit au monde. C’est se retirer et abandonner.

Nous avons donc pu montrer dans cette démonstration que l’homme revendiquer ne pas faire de la politique est un mal qui vient de ce dépérissement de la politique. Le citoyen ne se sent plus impliqué dans le processus politique et choisit donc de s’en déresponsabiliser choisissant donc de revendiquer passivement, d’avoir une revendication non-revendicative, ce qui rentre dans la logique du fait que l’homme est nécessairement politique. Par les écrits d’Hannah Arendt, nous avons pu réfuter le fait que réprouver la politique constitue en soi un acte politique. L’acte politique ne peut être passif et doit engendrer quelque chose donnant sur un but commun : la liberté.

Quand le citoyen se réclame hors politique, il s’auto extraie de la politique, refusant cette liberté de participer à la droit politique qu’il ne considère pas posséder. Cependant, il refuse également ce but de la politique, cette liberté qui devrait s’acquérir par la politique. . On peut donc se demander si ce détachement de cette politique qui a pour but la liberté, n’engage-t-elle pas une autre recherche dans un nouveau lieu de liberté, le lieu intime de la sphère privée, une liberté

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