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Incipit de l'Histoire d'une Grecque moderne de Prévost (1740)

Par   •  25 Mai 2018  •  4 472 Mots (18 Pages)  •  109 Vues

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Grecque. On peut remarquer, l’utilisation du présent d’énonciation qui souligne que son amour pour la jeune fille est actuel. On nous présente celle qu’il aime, il ne nous donne pas son identité, il la surnomme « la belle Grecque ». On ne connaît pas le prénom de cette femme, il ne la nomme pas. Elle est décrite seulement par son aspect physique avec l’utilisation de l’adjectif qualificatif « belle », utilisation d’une périphrase qui suscite la curiosité du lecteur. « dont j’entreprends l’histoire ». Le narrateur va d’emblée essayer, tenter de nous expliquer leur histoire. Souvent quand on entreprend quelque chose c’est le fait d’exécuter une action qui est longue et complexe. Ici, on est dans une idée de partage. Le narrateur va nous faire partager son histoire, et celle de cette belle Grecque.

« Qui me croira sincère dans le récit de mes plaisirs ou de mes peines ? » : On a de nouveau l’utilisation d’interrogative ce qui suscite la curiosité du lecteur. Les questions oratoires manifestent notre curiosité. Le narrateur nous invite à poursuivre son discours. Avec le pronom « qui » qui fait référence à son lecteur. Questionnement qui est de l’ordre de la remise en cause de son récit. Ici le narrateur invite le lecteur à remettre en question son récit, de le juger, de l’analyser. On a une idée de vérité avec l’utilisation de « sincère ». Celui qui est sincère c’est celui qui est disposé à reconnaître la vérité et à faire connaître ce qu’il pense, donc qui exprime ses pensées et ses sentiments sans les déguiser. « Dans le récit de mes plaisirs ou de mes peines » : le terme récit c’est l’action de rapporter, le narrateur nous livre un récit rétrospectif. Forcément lorsqu’on livre ses mémoires, c’est un exercice difficile, on fait des choix, il y a des éléments que l’on a oubliés, d’autres que l’on ne veut pas raconter par honte ou par vanité. D’autant plus qu’à la fin du récit qu’il entreprend d’écrire ses mémoires plusieurs mois après la mort de la jeune femme. On a donc une durée importante qui s’est écoulée.

On peut remarquer une répétition entre les termes « plaisirs » et mes « peines » qui sont qualifiés de l’adjectif possessif de première personne « mes », qui insiste sur l’appartenance. Lyrisme, expression de ses sentiments. Le narrateur se livre. Utilisation « plaisirs » et de « peines » qui sont des opposés, utilisation d’une figure d’antithèse. Avec le terme « plaisirs » on a une idée de bien-être, d’euphorie, de satisfaction, de bonheur, de joie. Le plaisir c’est une émotion d’un sentiment agréable qui est mis en opposition avec l’utilisation de « peine » : qui représente une souffrance morale. Peine désigne le chagrin, la douleur, le malheur, la souffrance, le tourment donc on est dans quelque chose qui fait mal. Deux termes opposés : d’un côté on a le bonheur et de l’autre côté le malheur. On a une sorte de pathos qui se crée. Peine et plaisirs sont tous deux des sentiments intériorisés du personnage. Il nous livre donc ce qu’il ressent. Mais le terme « peine » nous replace également dans le vocabulaire judiciaire : la peine c’est une spécialité pénale, c’est une sanction édictée par le législateur. Donc on est toujours dans cette défense, cette accusation, dans une plaidoirie. Polysémie. Deux sens pour ce terme de peine.

« Qui ne se défiera point de mes descriptions et de mes éloges ? Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va se passer par mes yeux ou par mes mains ? » = Le lecteur est averti. Le lecteur a un rôle de juge, on peut le constater avec l’utilisation du verbe pronominal « se défier » : qui désigne se mettre en garde contre. On est bien appeler à prendre avec précaution ce que nous livre le narrateur. Il ne faut pas prendre comme acquis, ce que le narrateur nous décrit. Il faut donc remettre en cause son témoignage. On a une sorte de parallélisme qui se forme avec « de mes descriptions et de mes éloges » « de mes plaisirs ou de mes peines ». On peut souligner ici l’usage de la conjonction de coordination « et » qui vient marquer une amplification alors que dans la phrase « de mes plaisirs ou de mes peines » c’est une conjonction qui marque l’alternative.

Description : développement, action de décrire. Éloge : discours pour célébrer quelqu’un ou quelque chose. Compliment, louange On face au discours, ça nous est rapporté. = glorifiant

Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va se passer par mes yeux ou par mes mains ? : «Une » pronom indéfini. Une passion : un état affectif intense et irraisonné qui domine quelqu’un, donc c’est un état affectif d’une grande puissance. Les passions ont été énumérées par Descartes : l’amour, la haine, le plaisir, la douleur, l’admiration, le désir. Une passion c’est un mouvement intérieur qui nous porte à quelque chose, ici le narrateur ajoute l’adjectif « violente » qui vient amplifier les sentiments du narrateur. On a un portrait du narrateur qui est encore impliqué dans la confusion de ses sentiments. Il est livré à une passion qui est déformante de la réalité. On trouve une manifestation tragique, pathos. Notre narrateur ne peut exprimer encore son récit car c’est de l’ordre de l’ineffable. « Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va se passer par mes yeux ou par mes mains ? ». On peut remarquer que notre héros s’excuse de son insuffisance, il utilise un procédé rhétorique qui est un (excusatio propter infirmatatem), procédé rhétorique qui évoque le topos de l’insuffisance. La faiblesse du narrateur est ici de l’ordre de l’impossible, impossibilité de dire le discours de façon juste. Le narrateur est encore sous l’emprise de la passion, il ne peut retranscrire une vérité. On trouve encore ce parallélisme « par mes yeux ou par mes mains », ici on peut remarquer que ça dépend des sens du narrateur : on a la vue et le toucher. C’est une retranscription d’une sensation, de ce qu’il a vu ou de ce qu’il a ressenti. On a une idée de matérialité. Ce n’est pas illusion, un souvenir mais une réalité.

« En un mot, quelle fidélité attendra-t-on d’une plume conduite par l’amour ? Voilà les raisons qui doivent tenir un lecteur en garde. »

En un mot locution adverbiale qui vient souligner la thèse qui a été défendue auparavant. Le narrateur résume ce qu’il vient d’énoncer plus haut, à savoir de se méfier de son récit puisqu’il aime toujours, il ne peut être objectif, il faut se méfier de la véracité de ses propos. On peut remarquer

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