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Dissertation : "Pourquoi le théâtre est un jeu avec les conventions ?"

Par   •  28 Juillet 2017  •  2 496 Mots (10 Pages)  •  92 Vues

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III – Le théâtre joue avec les conventions

Tout d'abord, comme nous avons vu que le théâtre est un jeu avec le public, les acteurs et le metteur en scène, il possède son règlement, ses propres règles. En reprenant notre introduction, la règle des trois unités inspirée d'Aristote, et résumée ainsi par Boileau, dans son Art Poétique (1674) : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli – Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli ». Cela signifie qu'il y a trois unités à respecter : l'unité de lieu (l'action doit se dérouler en un lieu unique), l'unité de temps (l'action doit tenir dans le temps d'une révolution du soleil soit environ un jour) et l'unité d'action (une action unique doit servir de fil directeur à la pièce). Corneille ira même signaler explicitement son respect du cadre exact des vingt-quatre heures réglementaires dans Horace (1639): « Puisqu'en un même jour l'ardeur d'un même zèle – Achève le destin de son amant et d'elle », de même pour l'unité de lieu avec la didascalie initiale : « La scène est à Rome, dans une salle de la maison d’Horace. ». De plus, à cela s'ajoute les règles de vraisemblance et de bienséance qui sont complémentaires de la règle des trois unités. La vraisemblance est définie par l'Abbé d'Aubignac, dans La pratique du théâtre (1657) : « l'essence du poème dramatique, et sans laquelle on ne peut rien faire ni rien dire de raisonnable sur la scène » et par Boileau : « Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable ». De son côté, la bienséance se divise en bienséance interne et externe ; la bienséance interne correspond à la cohérence interne de la pièce et des personnages et la bienséance externe est là par respect pour le public car les scènes de violence ou de mort sont exclues ou racontés comme le dit Boileau : « Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose ». Ensuite, le théâtre a progressivement renouvelé ses règles pour montrer son engagement et ses idées. Alors que cette recherche du réalisme atteint son apogée depuis la renaissance, à la fin du XIXe siècle, on voit apparaître, sous de multiples formes, une réaction anti-réaliste. En Allemagne, Bertolt Brecht choisit la voie d’un théâtre engagé (Mère Courage et ses enfants) en 1941. En France, les écrivains philosophes traduisent au théâtre leurs interrogations, leurs idées et leur engagement. Jean-Paul Sartre pose dans son œuvre théâtrale les questions de la responsabilité individuelle dans Huis clos (1944) ; Camus aborde dans Les Justes (1949) la question de la légitimité de la violence dans l’action politique. De son côté, Jean Anouilh (1944) fait d'Antigone son personnage éponyme un symbole de la résistance en s'opposant aux règles édictées par Créon. De plus, cette pièce marque un renouvellement dans l'écriture car les personnages sont des nobles avec des gardes et des nourrices et le niveau de langue est courant voire familier lors de l'arrestation du personnage éponyme (« les putains qu'on ramasse à la garde de nuit » et « garce », « folle »). Enfin, après la seconde guerre mondiale, le théâtre abandonne les règles pour montrer la condition humaine dans un monde dépourvu de sens. En effet, des auteurs comme Ionesco, Beckett, Genet, et Adamov remettent en cause les formes théâtrales en rejetant les composantes traditionnelles de l'art dramatique : l'action, le personnage et la vraisemblance. Les incohérence des propos, les déformations syntaxiques et les jeux de mots font ainsi partie de cette disparition des conventions du théâtre classique. Par exemple, chez Beckett dans Fin de Partie (pièce qui ne comporte ni acte ni scène), l'incohérence (« Tu peux me gratter ? - Non ! Où ? - Dans le dos ») et les jeux de mots (« Notre ouïe n'a pas baissée – Notre quoi ? » ou le jeu de mots avec « coite » et « coïte ») servent à traduire le vide de l'existence humaine. Par ailleurs, c'est à partir du XXème siècle que les didascalies prennent une place démesurée (tandis que jusqu’au XVIIIème siècle les didascalies étaient uniquement externes et quasiment absentes des pièces) et la favorite de cette pièce est « Un temps » qui montre le vide chez les humains ou encore « regard fixe » et « voix blanche » qui insistent sur le côté déshumanisé.

En conclusion, même si le théâtre est avant tout un art littéraire car le texte est son pilier, pouvant être catégorisé dans la tragédie ou la comédie et ayant été enrichi par Molière, Corneille et Racine grâce au roi Louis XIV, le théâtre est un jeu. Il s'agit d'un jeu, car il met en scène le public omniscient, le metteur en scène libre de ses interprétations et les acteurs jouant d'âme, un jeu qui joue avec ses propres conventions édictées et codifiées au XVIIème siècle par Boileau qui respectent le public, la cohérence du récit, le lieu, la durée et l'action de la scène. C'est en effet à cette époque que Beckett brise ces règles en abandonnant l'action (unité d'action), le temps (unité de temps), le lieu (unité de lieu), le réalisme (vraisemblance) et en faisant des allusions à la mort (bienséances). On peut donc dire que le théâtre est un jeu avec des conventions car il s'agit d'un jeu avec des comédiens et des règles, et que les comédiens jouent avec les règles.

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