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La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours.

Par   •  21 Avril 2018  •  2 817 Mots (12 Pages)  •  843 Vues

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- Les pratiques des Portugais dans le Nouveau Monde :

- Evocation précise du traitement que les Portugais infligent à leurs propres prisonniers : « enterrer jusqu’à la ceinture… leur tirer sur le reste du corps avec force coups de traits,…les pendre… » (l.14,15). = Accumulation de verbes qui appartiennent au lexique de la violence = énumération de tous les mauvais traitements infligés aux prisonniers qui ne sont autres que les Cannibales présentés plus haut puisque les Portugais se sont alliés avec leurs adversaires.

- Vbs à l’infinitif = « mode d’emploi » de la cruauté selon les Européens.

Finalement les pratiques des Européens dans le Nouveau Monde n’ont « rien à envier » à celles des Cannibales…

- Les manifestations de la violence en Europe :

- On est donc amené à réfléchir au comportement des Européens sur leur propre territoire… On s’aperçoit alors que leur violence ne se manifeste pas que contre les lointains Indiens du Brésil… D’où l’évocation des exactions commises pendant les guerres de religion en Europe (l.20 à 24).

- Accumulation de faits : « manger un homme vivant », « le manger mort », « déchirer », « rôtir », « faire mordre », « faire tuer » (l.20 à 24).

- Série de verbes à l’infinitif = impossible de situer les faits dans le temps ni dans la durée, impression que ces tortures n’ont pas de fin.

- Lexique de la souffrance : « tortures », « supplices », « un corps ayant encore toute sa sensibilité », « rôtir petit à petit »,… » (l. 21,22)

- Ce lexique de la violence + hyperboles permettent d’insister sur la cruauté des Européens.

On prend ainsi conscience que la barbarie n’est pas réservée à un peuple dit « sauvage » mais qu’elle est partout, même dans la civilisation pourtant apparemment si raffinée et si évoluée de la Renaissance…

- La dénonciation de comportements qui contredisent l’idée même de civilisation :

- Les guerres de religion sont des guerres civiles ce qui les rend d’autant plus « barbares » car elles n’opposent pas des ennemis lointains, ni étrangers, ni anciens comme chez les Cannibales (l.1)

mais des personnes proches les unes des autres, qui appartiennent au même peuple voire à la même famille… « non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens… » (l.24). Elles ne relèvent donc pas du sens commun : comment peut-on considérer un « frère » que l’on connaît bien comme un ennemi, comment peut-on le torturer ?

- Dénonciation du motif invoqué pour faire ces guerres : « sous prétexte de piété et de religion » (l.24) Le Christianisme dont se réclament les catholiques et les protestants prône l’amour du prochain : comment peut-on pervertir ainsi le message évangélique ?

- Le ton devient polémique : Apparition du « Je » qui désigne l’auteur lui-même qui prend position (l.18), vbs d’opinion : « Je ne suis pas fâché » (l.18), « Je pense » (l.20) qui interpelle ses contemporains « nous » = L’auteur +lecteurs européens…

Montaigne ne peut donc que s’insurger contre ces événements récents, d’une violence extrême et irrationnelle, qui ruinent les principes mêmes de la culture humaniste (Homme au centre des préoccupations, raffinement, pensée élaborée, etc…).

III/ Une leçon de relativisme : le « barbare » n’est pas celui qu’on croit :

- L’éclairage de la parole des Anciens sur le cannibalisme :

En penseur humaniste, Montaigne, convoque la parole des Anciens pour faire avancer sa pensée.

- Référence aux philosophes grecs : « Chrysippe et Zénon, chefs de l’école stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal à se servir de notre chair, à quelque usage que ce fût pour notre besoin, et même d’en tirer de la nourriture… » (l.25) = Caution morale des sages stoïciens de l’Antiquité = argument d’autorité /Anciens.

- Référence à l’histoire de la Gaule : Alésia « nos ancêtres (…) assiégés dans la ville d’Alésia, (…) se résolurent à lutter contre la faim due à ce siège en utilisant les corps des vieillards, des femme et autres personnes inutiles au combat » (l.27,28) donc même chez « nous », en certaines circonstances extrêmes, on s’est résigné à pratiquer le cannibalisme…

- Caution /citation latine de Juvénal (l.29)

- Référence scientifique : « Les médecins aussi ne craignent pas de s’en servir pour toute sorte d’emploi en faveur de notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au dehors » (l.31).

Les références aux Anciens, à l’histoire et à la science permettent de prendre du recul par rapport à la pratique cannibale, à prendre conscience qu’elle n’est pas un fait isolé réservé à une lointaine peuplade du Nouveau Monde mais qu’on la retrouve d’une manière récurrente dans l’histoire de l’humanité. Il faut donc apprendre à relativiser ce qui d’emblée pouvait nous choquer…

- La critique de l’ethnocentrisme :

On a tendance à juger des comportements des autres peuples à partir de notre propre civilisation, on a tendance à penser que nos principes ont quelque chose d’universel à partir de quoi nous pouvons juger si tel peuple est « sauvage » ou « civilisé »…

Le texte de Montaigne remet en cause cette certitude un peu naïve :

- Renversement du point de vue : l.14 à 18. Ce sont les Cannibales qui observent et étudient le comportement des Portugais.

Montaigne fait alors chanceler les certitudes des Européens qui s’appuient sur quelques principes propres : la « connaissance », la certitude d’être supérieurs aux autres (les « maîtres »), le fait d’agir avec raison selon des « causes » connues, fruits de la pensée… En effet ces concepts propres à notre civilisation se mêlent aux remarques que sont censés faire les Cannibales, hommes du Nouveau Monde en observant les hommes de l’Ancien Monde et on constate que ces valeurs sont perverties par les Européens eux-mêmes : « ces gens-ci de l’ancien monde, en homme qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices… qui était beaucoup plus grand maître qu’eux

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