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Analyse de Mauser, Müller

Par   •  24 Mai 2018  •  2 309 Mots (10 Pages)  •  260 Vues

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L’organisation collective ne fait qu’un tout, tendue vers un but qui ne sera pas.

Afin de perdurer, le système conçoit donc une organisation rigoureuse, les individus étant en charge de remplir les tâches nécessaires, chacun à son poste.

L’état (en l’occurrence les chefs de la Révolution) distribue la tâche à chacun selon les besoins du moment, le Chœur, p46 : « Abandonne le front et occupe le poste où la révolution a besoin de toi jusqu’à ce qu’elle ait besoin de toi à un autre poste. » Pour que la société fonctionne, il est nécessaire qu’un individu assume la tâche impartie. Il le fera car il appartient à la société.

Il est même formé pour ce poste. « Apprend à mourir. Ce que tu apprends augmente notre expérience. Meurs en apprenant. » Chœur, p63. « Apprends ta dernière leçon. Ta dernière leçon » Chœur, p45. « Car l’ignorance peut tuer […] et le savoir ne suffit pas, mais il faut que l’ignorance cesse maintenant complètement, et tuer ne suffit pas. Mais tuer est une science et il faut qu’elle soit apprise, afin que cela cesse puisque le naturel n’est pas naturel. » Chœur, p49. Il y a ici une idée d’enseignement, car ce qui n’est pas naturel, est quelque chose d’appris. On apprend donc à tuer à ses soldats, afin de vaincre « l’ignorance » (mot repris plusieurs fois notamment aux pages 48, 49 et 54). Mais aussi on leur apprend à ne plus ressentir d’émotion, d’humanité. Tout est remplacé par des formules, toutes faites.

Du coup, il est choisi à ce poste selon ses mérites : « Tu as combattu sur le front de la guerre civile, l’ennemi ne t’a trouvé aucune faiblesse, nous ne t’avons trouvé aucune faiblesse. » ou encore « Je n’appris rien sur la vie après la mort, Tuer je l’appris dans les combats prolongés contre l’encerclement, à l’époque du meurs ou tue » A, p 45. Ses compétences réelles pour la tâche à effectuer, mais aussi sa capacité à ne pas penser, à n’être qu’un exécutant : « … et moi qui le sais n’ai aucun autre enseignement pour leur ignorance que la balle. » p 48.

Car pour le système, il ne s’agit pas tant d’éducation que d’endoctrinement : « Sachant : Le pain quotidien de la révolution est la mort de ses ennemis, sachant : l’herbe même il nous faut l’arracher afin qu’elle reste verte. » Et donc ce récitatif finit de convaincre, et en même temps permet le recours lorsque le doute s’installe. C’est pourquoi au moment où A se met lui-même à douter, c'est-à-dire au moment où le cri de B (« A quoi bon tuer et à quoi bon mourir si le prix de la révolution est la révolution, ceux qui sont à libérer le prix de la liberté ») remet en cause tout ce à quoi il croit, A se met à réciter la formule « Sachant : […] verte ». Il s’y accroche chaque jour : « Je le savais …. » correspondant au « Sachant :… » Le dixième jour, la formule ne fonctionne plus : « Mais au dixième je ne le sais plus ». La formule a cessé son effet, même si, jusqu’à sa fin il l’a criera encore.

Toujours sous une forme métaphorique, il faut arracher le passé à l’homme révolutionnaire. « Effroyable est l’habituel, mortel ce qui est facile par une multitude de racines se loge en nous le passé » Chœur, p63. Il s’agit de déshumaniser l’homme : en le coupant de son passé, en le formatant, il perd son libre arbitre, il n’est plus qu’un pion sur l’échiquier.

C’est pourquoi, le soldat de la révolution n’est pas unique et que A peut prendre la place de B : « Ta tâche débute aujourd’hui. Celui qui l’a accomplie avant toi Il faut qu’il soit tué avant demain, lui-même un ennemi. » Chœur, p47. On comprend donc qu’avant d’être mis à mort, B était à la place de A, il était lui aussi un soldat de la révolution qui tuait pour elle. Maintenant, A doit tuer B et va finir par prendre sa place, lui aussi va être mis à mort : «De semblables à moi me conduisent au mur à présent » A, p60. et ils ne sont pas les seuls : « De semblables à lui ont été tuées et de semblables à moi pendant deux milles ans » A, p55. Chaque pion de ce jeu est interchangeable. Si l’homme transparait alors il est éliminé du jeu : « …ta demande n’aide pas la révolution » Chœur P61 puis « Il te faut disparaitre du visage de la terre […] Du nom de la révolution, qui a besoin de toutes les mains mais pas de ta main. »

Le personnage A, peut donc être comparé à une machine, la machine à tuer de la révolution : C’est uniquement au moment de la prise de conscience quand A, se dédouble et se regarde agir qu’il perçoit son état de machine. « Et le soir, je vis mon visage qui me regardait avec, pas mes yeux […] Et dans la nuit je n’étais pas un homme.» « … mais ma voix cria le commandement comme si elle n’était pas ma voix et ma main distribua la mort comme si elle n’était ma main » A, p52. L’humain dans ce régime n’est pas maître de lui, il ne s’appartient pas. C’est le principe même du parti qui le dit lui-même : « Qui s’en tient à soi-même comme à sa propriété est un ennemi de la révolution comme d’autres ennemis » Chœur p49 « Tu n’es, tant que la révolution n’a pas vaincu définitivement, pas ta propriété.» Chœur p54. C’est si vrai que après sa folie meurtrière quand A redevient humain mais fou, cassé, il est éliminé comme on se débarrasserait d’une machine cassée hors d’usage.

L’individu unique est donc en train de disparaitre dans le collectif, il est devenu un « homme-masse » : « Ils n’avaient pas de mains et pas de visage » A, p51, ils ont donc perdu leur identité. « Ta mission n’est pas de tuer des hommes, mais des ennemis. Car l’homme est inconnu. » Chœur, p56. « Puisque la révolution […] avec ses racines déterre de l’homme l’homme. » Chœur p 57. Mais l’homme machine ne peut faire abstraction de son humanité, aussi il redevient humain, pour A, lors de sa folie meurtrière: « Mais l’homme est quelque chose dans quoi on tire jusqu’à ce que l’homme se lève des ruines de l’homme. » Il est vain d’attendre une hypothétique fin de la révolution, pour vivre sa vie d’homme.

La révolution est sensée être faite par l’Homme et pour l’Homme, alors que l’appareil porteur d’idéologie a transformé le soldat en machine, prise dans un engrenage. C’est devenu un ensemble qui se nourrit lui-même pour tourner en rond.

A tel point que l’homme est détruit par le Parti, l’Idéologie. Dans Mauser, on comprend que Müller reproche à la révolution d’être une chimère.

Pour Müller il faut, au contraire tenir

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