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Corrigé type En quoi le chapitre 4 développe-t-il une réflexion philosophique autour de la condition humaine ?

Par   •  23 Janvier 2018  •  3 864 Mots (16 Pages)  •  175 Vues

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que dans mes voyages j’avais toujours remarqué de la

variété ? ». On notera enfin le recours à des procédés d’insistance de la part du Saturnien : hyperbole sur l’irrégularité de la

Terre : par accumulation de termes négatifs, « si mal construit, si irrégulier et d’une forme qui me paraît si ridicule ! » ; répétition

du terme « petits », terme dépréciatif, ou encore « hérissé », « m’ont écorché les pieds », « d’une manière gauche ». Si l’art de

persuader domine, avec le registre polémique, l’art de convaincre n’est pas absent du débat. Ainsi, le Saturnien avance,

dit le narrateur, « sa première raison », à laquelle répond Micromégas, et ainsi de suite pour les trois types d’arguments

formulés par l’habitant de Saturne (son expérience sensitive personnelle, l’irrégularité de la Terre, le bon sens).

Témoin d’une telle « dispute », le lecteur ne peut manquer de s’impliquer en qualité de juge. Mais ce n’est évidemment pas

sur la question de l’existence d’habitants sur Terre que va porter son jugement – il détient la réponse et s’amuse plutôt que l’on

puisse s’opposer sur cette question – mais sur la stratégie argumentative des deux protagonistes et sur la disposition d’esprit

dont elle témoigne. Il est dès lors influencé par les interventions du conteur qui offrent un portrait opposé des deux

personnages, Micromégas étant présenté positivement et son compagnon négativement. En effet, tout au long du récit,

les commentaires satiriques au sujet du Saturnien ne manquent pas. Il est ainsi sans cesse désigné par l’expression

péjorative « le nain » alors même que l’on sait qu’il est lui aussi un géant par rapport aux Terriens. Au cours de la visite de la

planète Terre, il est représenté tel un chien « haletant » derrière Micromégas, qu’il peine à suivre. Durant le débat, le

narrateur influence le jugement du lecteur par des expressions ironiques : l’euphémisme « qui jugeait quelquefois un peu trop

vite » pour suggérer que son avis est infondé, l’emploi du verbe « décida » qui traduit l’arbitraire du personnage. Micromégas,

en revanche, apparaît d’emblée comme « le champion » du débat et, de façon générale, comme supérieur en tous points à

son acolyte. Tout d’abord, c’est lui qui mène l’exploration de la nouvelle planète. Ensuite, il se conduit dans le débat en

homme sage, qui tente de redresser le raisonnement erroné de son compagnon. On lit ainsi au tout début de la discussion qu’il

« lui fit sentir poliment que c’était raisonner assez mal », formule avec un euphémisme qui marque la prévenance dont fait

preuve le Sirien et indique déjà sa supériorité. De plus en plus agacé par l’entêtement de son interlocuteur, il affirme plus

nettement cette supériorité en déclarant que son compagnon, « avec [ses] petits yeux », voit beaucoup moins de choses que lui

– ce dont ils étaient convenus tous deux au chapitre II. Face aux jugements à l’emporte-pièce du Saturnien, il recourt en outre

au raisonnement et, en l’absence de preuves irréfutables, se contente de suppositions. C’est ainsi que son discours regorge de

modalisateurs : « il y a quelque apparence », « peut-être » (deux fois) ; « il y a ici un peu de confusion ». Aux yeux du lecteur, le

Saturnien sort donc perdant de cet affrontement et suscite même une certaine antipathie en raison du mépris dont il témoigne

pour la planète Terre et ses habitants. Micromégas, au contraire, force l’admiration par son objectivité et son discours plein

de prudence.

Il n’en demeure pas moins que l’objet du débat apparaît sans intérêt pour le lecteur. Du moins de prime abord. À y regarder de

plus près, on se rend compte que le lecteur est amené à considérer avec un autre regard sa planète. Le recours au point

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de vue interne pour décrire la planète et ses habitants le contraint même à le faire. La planète Terre se trouve en effet

décrite à travers le regard des géants, par focalisation interne. Cela donne lieu à une suite d’expressions, divertissantes pour le

lecteur. La mer Méditerranée se transforme en une « mare presque imperceptible », « le grand Océan », c’est-à-dire la grande

étendue d’eau salée qui encercle les continents et les archipels, devient un « autre petit étang » et la terre habitée une

« taupinière ». Il est d’ailleurs besoin d’un « microscope » pour repérer « quelque chose d’imperceptible », « un si petit atome »

telle qu’une « baleine » ! Et il faut l’intervention du conteur pour décrypter ces appellations données par les deux géants aux

différents lieux terrestres. Amusé par ces noms, le lecteur ne peut toutefois manquer d’y réfléchir et de prendre acte de la

relative petitesse de sa planète et de ses habitants pour les deux géants, d’autant plus que Voltaire a criblé son récit de

l’adjectif « petit » : « petit pays », « petit étang », « petits êtres », « petits ruisseaux », « petits carats », « un si petit atome »,

etc.

Il est donc évident que, malgré son caractère merveilleux et fantaisiste, ce texte invite à une réflexion sérieuse. Il convient à

présent d’étudier à quelles réflexions, à quelles leçons ces appellations fantaisistes, cette présentation

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