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Analyse linéaire "vers dorés" de Nerval

Par   •  10 Avril 2022  •  Commentaire de texte  •  1 825 Mots (8 Pages)  •  173 Vues

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Nerval est un poète français du début du XIXème siècle. Dès 1828, il traduit les œuvres de grands romantiques allemands, comme Faust et Goeth. Longtemps oublié des histoires littéraires françaises, il réapparait à la fin du XXème siècle et représente aujourd’hui un des écrivains incontournables du romantisme français.

Son poème intitulé « Vers dorés » est le dernier sonnet du recueil Les Chimères, composé de 12 sonnets, paru en 1853 à la fin des Filles du Feu. Nerval y condamne la vanité de l’homme, tout en nous présentant l’omniprésence de la vie de dans la nature. En quoi ce poème nous montre-t-il que constitue une initiation aux arcanes de la nature et de la poésie ?

Nerval choisit d’ouvrir son poème sur une citation de Pythagore, pour qui les animaux, les végétaux, les minéraux et les humains ont un lien direct : l’âme est immortelle et renaît dans différents corps au cours de ses différentes vies. Il croyait également au sens caché derrière toute chose (notamment les chiffres).

Premier quatrain :

L'Apostrophe    au   discours   direct,   donne   une   dimension   universelle   au poème : « Homme ». Le poète convie l’homme à une réflexion qui l’intègrerait dans la nature.

Le poème a une vocation philosophique. C’est ainsi que l’on retrouve une phrase interrogative : « te crois - tu seul pensant ». De cette question rhétorique nous pouvons déduire les enjeux du poème qui sont de mettre à nu les mécanismes de la pensée cartésienne qui définit l’homme à travers le prisme de sa pensée. Ce premier quatrain introduit une critique de la pensée positiviste de l’époque , issue du siècle des lumières et de la révolution. Nous sommes donc bien dans un sonnet romantique. La périphrase « libre penseur », est une critique indirecte adressée aux lecteurs. L’interpellation se poursuit au second hémistiche avec l’emploi du pronom personnel

« tu », et « te ». Le semi auxiliaire de mode « crois », introduis une nuance, un doute, ce qui donne ici le ton du poème, marqué par une forme de relativisme. La

transposition de « penseur », au premier hémistiche du premier vers, qui devient

« pensant », à la fin du vers, nous suggère d’emblée que la connexion entre les êtres et les choses s’installe partout.

L’allitération en (t) exprime ensuite ici le caractère inflexible et dur de la critique. On

la retrouve tout au long de ce quatrain pour souligner le procès qui est fait à l’homme, son indifférence à la voix cachée de l’univers.

L’enjambement qui place le terme « monde », au début du premier hémistiche ( vers

2 ) nous informe que la pensée n’est pas l’apanage de l’être humain. Il se fait ici l’écho de la pensée panthéiste et pythagoricienne qui considère que la nature est dotée d’une âme, et qu’il revient à l’homme de savoir déchiffrer les secrets de la nature. La subordonnée relative « où la vie éclate en toute choses », désigne un renversement de l’ordre des choses. Le terme « éclate » est à prendre au sens positif de ce qui se manifeste de façon spontanée et vitale, à l’instar d’un bourgeon. Le poème invite donc à une posture d’ouverture et de disponibilité face aux signes que nous propose la nature. Le déterminant indéfini « toute », suggère qu’il s’il faut s’écarter de cet anthropomorphisme ( vision de l’homme placé au centre de la création ) qui nous empêche de percevoir certains pans cachés de la réalité. L’inversion de la construction grammaticale du vers 3, a pour effet de mettre en évidence les termes de

« liberté » de de « forces », dans le but d’introduire une forme d’équivalence. La vanité d’une telle entreprise, maîtriser son rapport au monde, est ici flagrante à travers le verbe « tenir », et « disposer ». Le premier quatrain prend ainsi la forme d’une argumentation où le poète concède à l’homme une certain pouvoir, pour mieux lui en montrer les limites. En effet l’usage de la conjonction de coordination « mais » est ici le signe de cette désillusion. L’inversion grammaticale se poursuit ensuite au vers 4 pour créer un effet de chute. Le nom commun « conseils », dont la valeur exclusive est amplifiée par la locution déterminative « tous tes », conforte la valeur négative de l’adjectif attribut « absent ». L’adjectif vient ainsi de manière inattendue jeter un discrédit sur les lumières que l’homme semble vouloir prodiguer à son prochain.

Deuxième quatrain :

Dans le deuxième quatrain, le caractère prescriptif du poème prend encore plus de force à travers l’usage du mode impératif « respecte ». Nerval place ainsi en regard deux images à priori antithétiques, « la bête », « un esprit » et efface ainsi tout signe de polarité pour au contraire favoriser le mouvement, l’échange. c’est ainsi qu’il termine le cinquième vers par le participe présent « agissant ». L’usage du déterminant « la », du pronom indéfini « chaque », montre aussi qu’il souhaite intégrer chaque parcelle de la création, animaux et plantes : « la bête », « chaque fleur ». La construction attributive suivante : « est une âme à la nature éclose », donne ici à son poème la valeur d’une leçon de choses. Mais le terme

« âme », « Nature », montre qu’il détourne ironiquement ce procédé pour mieux personnifier la fleur et lui donner une propriété magique. Le terme « âme » , et « mystère d’amour », nous montre ici que le poète ici nous livre ici une pensée toute entière tournée vers l’animisme et les symboles. Le nom commun « mystères », renvoie à la pensée hermétique et donc aussi à pensée Pythagoricienne. Nerval encore une fois joue ici avec les contraires. Il oppose ainsi le métal connu pour sa dureté aux mystères qui sont l’objet d’une initiation. La notion de révélation est ainsi mise en perspective à travers l’usage des verbes « repose » , et « éclose », qui montre bien ici le mouvement qui va de l’intérieur, vers l’extérieur. Cette leçon fait place ensuite au discours direct. Il s’agit d’une citation de Pythagore ( vers 8 ) L’adresse au lecteur devient plus présente encore avec la répétition de l’expression « tout est », qui devient comme une invitation pressante à entendre la voix qui perce à travers le voile des apparences. L’adjectif attribut « sensible », nous montre que ce qui se joue se fait de manière irréfutable et fait participer le corps et les sens, au point qu’il utilise même le terme « puissant » pour traduire l’empire souverain que la nature exerce sur l’homme. C’est comme s’il demandait à l’homme d’admettre qu’il n’était pas en son pouvoir de tout contrôler, et qu’il fallait reconnaître qu’une force spirituelle, agissait à son insu.

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