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Write a critical analysis of Bérénice’s final speech in Act V.vii of Bérénice, beginning ‘Arrêtez, arrêtez...’

Par   •  26 Octobre 2017  •  2 115 Mots (9 Pages)  •  180 Vues

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La troisième partie de la tirade de Bérénice s’adresse à Antiochus, mais nous pouvons l’envisager à un plus large sens s’adressant à l’humanité. Bérénice se comporte avec grande dignité, elle résume son sacrifice et souligne le fait qu’il soit irrévocable et éternel ; elle renonce complètement à l’amour : « Que je ne consens pas de quitter ce que j’aime, // pour aller loin de Rome écouter d’autre vœux. » v.1496-7. L’injonction « Vivez » au vers suivants est preuve de la prestance et de la force de Bérénice qui ordonne une action des plus primaires mais également des plus complexes. Elle appelle à la vie Antiochus malgré son amour déçu. Nous pouvons aller jusqu’à penser que cet ordre s’adresse à un plus vaste public. Cette primauté de la vie contre une fin sanglante n’enlève en rien l’aspect tragique mais propose une morale, un exemple de « tristesse majestueuse » aux yeux du monde, selon les termes que l’auteur utilise dans sa préface pour définir le sentiment propre à la tragédie. Le vers 1500 est central dans cette idée, il est composé de deux hémistiches qui se répètent dans leur composition et qui sont chacun des oxymores : « Je l’aime, je le fuis ; Titus m’aime, il me quitte. » La complexité et la rigueur de ce vers égalent celles de la situation. Ce vers condense la situation tragique en y faisant transparaitre la « tristesse majestueuse ». En effet Bérénice ne s’épanche pas dans des cris de désespoir, elle véhicule sa tristesse par un discours précis peignant exactement le supplice qu’elle endure. Cette maitrise de soi est une preuve d’un héroïsme exemplaire. Le vers 1502 « Adieu : servons tous trois d’exemple à l’univers » dépasse la situation. L’exemple de cette histoire tragique est destiné au monde. « La tristesse majestueuse » dont Racine définie sa tragédie est à son paroxysme. L’auteur s’en sert alors pour illustrer sa thèse, cet « exemple à l’univers » argumente l’idée racinienne de la tragédie, qui ne considère pas la nécessité « du sang et des morts » mais de ce grand sentiment que peut être la tristesse. Cet exemple est développé sur les deux vers suivants. « De l’amour la plus tendre et la plus malheureuse » v.1503 marque la tension entre la tendresse et le malheur de cet amour par sa construction en parallèle. Ces deux sens associés sont créateurs de la situation tragique comme le prouve le vers 1504 : « Dont il puisse garder l’histoire douloureuse. »

Bérénice se pose en modèle pour Antiochus, elle l’engage à suivre sa démarche. Cela implique l’abandon de la primauté de ses sentiments au nom de l’exemplarité. Cette invitation est tragique et noble. « Tout est prêt. On m’attend. Ne suivez point mes pas. »v.1505 ce vers marque la résolution sans faille de Bérénice par sa structure (trois phrases courtes et affirmatives), ainsi que sa puissance par la dernière forme impérative adressée à Antiochus. La dignité de la décision de l’héroïne, l’arrachement à son amour sans lamentation crée « la tristesse majestueuse » que dépeint Racine comme « le plaisir de la tragédie ».

Le dernier vers de Bérénice s’adresse à Titus : « Pour la dernière fois, adieu, seigneur. »v.1506. Cet adieu accentue son aspect ultime grâce au syntagme « dernière fois ». Cela rappelle également aux spectateurs les différents évènements qui ont secoué la tragédie et ont obligé Bérénice à renoncer à Titus et à lui dire adieu maintes fois.

Pour autant le dernier mot est laissé à Antiochus : « Hélas ! »v.1506. Nous pouvons pensez que cela est pour illustrer l’effet de ce tragique sacrifice qui ne touche pas que l’héroïne.

Finalement la menace d’un triple suicide laisse place à la générosité de Bérénice, soutenue par la certitude d’être sincèrement aimée et la fierté de se dévouer. Sa tirade, principalement destinée à Titus, traduit la parole d’une amoureuse qui préfère finalement le devoir à la passion. Bérénice engage Antiochus à faire de même. Son héroïsme consiste en un sacrifice servant d’exemple universel et en une grandeur dont le spectateur retient la force pathétique. Imprégné de « tristesse majestueuse », le dénouement est à la fois rituel de sacrifice et exaltation d’un amour désintéressé. Toutefois l’issue non sanglante livre les héros à la solitude, qui peut-être un destin tout aussi terrible que la mort.

Bibliographie :

Bérénice, Jean RACINE, Larousse édition (Septembre 15, 2011) (Préface et Acte V, scène 7)

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