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Les Etats-Unis et la construction européenne de 1948 à 1992

Par   •  3 Décembre 2017  •  3 335 Mots (14 Pages)  •  181 Vues

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Le coup de Prague est donc l’élément déclencheur d’une intervention massive des Etats-Unis en Europe, à la fois économique mais aussi politique et militaire. Si certains de ces projets ont abouti, les Etats-Unis se rendent toutefois compte qu’un excès de zèle peut leur nuire, notamment après le rejet parlementaire de la CED en France : ils vont donc tenter une nouvelle approche d’organisation de l’Europe.

Cette nouvelle approche de la construction européenne va consister pour les Etats-Unis à jouer de leur influence mais sans tomber dans l’ingérence (A). Les années 60 voient donc la redéfinition des rapports entre l’Europe et les Etats-Unis, rapports qui évoluent vers une relation de partnership transatlantique à égalité (B).

Les Etats-Unis ont compris que la solution n’était pas de forcer la main aux européens mais de réussir à les influencer de manière à ce qu’ils choisissent les options européennes les plus favorables aux projets américains.

Ainsi, de nouvelles conceptions prévalent au sein de la diplomatie américaine : même si Dulles continue de militer pour l’instauration d’institutions supranationales, il refuse désormais d’utiliser la menace pour imposer les vues américaines aux européens. Ainsi, la présence américaine se fait moins sentir dans les nouvelles avancées de la construction européenne : à part réaffirmer l’engagement militaire des Etats-Unis tant que l’Europe serait menacée, la diplomatie américaine laisse les européens maitres du jeu. Ainsi, en 1956 et 1957, au moment des négociations et ratifications du traités de Rome instituant la CEE et EURATOM, les européens fixent leurs propres objectifs et se dotent d’organes supranationaux (une commission, un parlement, un conseil des ministres et une cour de justice). On a là les premiers signes d’une Europe évoluant vers la supranationalité, permettant aux Etats-Unis d’atteindre leurs objectifs d’une manière plus détournée. La politique américaine est davantage une politique d’accompagnement du processus d’intégration au moment du traités de Rome, que l’expression d’une pression : les Etats-Unis continuent de se préoccuper de l’Europe mais sans plus d’ingérence, en montrant leur approbation de certains projets à travers notamment des aides technologiques comme dans le cas de l’EURATOM. En effet, en 1956 débute une coopération nucléaire civile américano-européenne, puisque l’Atomic Energy Comitee accepte le principe de livrer 5 à 10 tonnes d’uranium enrichi à la toute jeune EURATOM.

Cependant, à partir des années 60, les Etats-Unis changent leur vision de l’Europe : jusqu’ici ils avaient toujours soutenu les projets de la construction européenne en pensant surtout aux bénéfices politiques et institutionnels qu’une telle union pourrait avoir (moins de conflits intra-européens, la lutte contre l’avancée du communisme) sans imaginer que cette union génèrerait des bénéfices économiques. Ces avantages économiques se révèlent progressivement jusqu’à la première guerre commerciale américano-européenne en 1962, et montrent que l’aide à l’Europe a en fait créé un concurrent économique sérieux.

Il faut donc selon Kennedy nouer un nouveau lien organique qui lierait définitivement l’Europe aux Etats-Unis : le 5 janvier 1962, il propose « une association commerciale ouverte entre les États-Unis et la CEE », puis il prononce le 4 juillet 1962 à Philadelphie un discours symbolique, où il évoque l’idée d’un partnership transatlantique concret. Il s’agirait de créer une unité politique entre les deux fédérations, l’une ancienne, l’autre à construire, qui formeraient à elle deux les « deux piliers du monde libre ». Le « grand dessein » de Kennedy ne se limite pas à un volet politique : sur le plan militaire, son projet aboutirait à la fusion des moyens nucléaires avec notamment la création d’une force multilatérale dans le cadre de l’OTAN ; tandis que sur le plan économique on verrait se mettre en place un libre échange entre les deux continents. Il fait ainsi voter le Trade Expansion Act par le Congrès le 11 octobre 1962 qui l’autorise à diviser par deux les droits de douane en 5 ans dans le cadre du GATT.

Le « grand dessein » de Kennedy manifeste de belles intentions, mais essentiellement pour défendre les intérêts économiques des Etats-Unis, un déficit commercial se créant en faveur de l’Europe. Ce projet se heurte au refus de Charles de Gaulle qui craint que le Trade Expansion Act ne serve à la pénétration des produits américains (d’où sa défense de la préférence communautaire et du tarif extérieur commun aux membres de la CEE), et que la force multilatérale ne cache en réalité qu’une direction américaine de l’Occident. Il s’oppose de plus à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE, qui est vue comme un cheval de Troie au service des américains : il ne veut pas d’une Europe atlantiste mais d’une Europe européenne guidée par la France. C’est donc l’échec du « grand dessein », qui aura tout de même permis l’abaissement des droits de douane de 35%, même si cela reste en deçà des 50% prévus à l’origine.

On voit donc que la politique européenne des Etats-Unis se transforme de plus en plus en un combat contre de Gaulle, qui conteste leur influence : en réalité, l’opposition entre cette politique américaine et l’Europe de De Gaulle peut être vue comme le commencement de l’affrontement économique que se livreront plus tard les deux entités.

Les années 60 sont donc marquée par un retrait de l’influence trop pesante des Etats-Unis, retrait qui est un choix stratégique de leur part : les Etats-Unis préfèrent mener une politique d’accompagnement pour favoriser leurs intérêts en Europe. Cependant, les bénéfices économiques de la construction européenne les amènent à repenser leurs relations avec l’Europe dans la direction d’un partenariat à égalité entre les deux ensembles, ce qui échoue du fait de la position française. La politique américaine à l’égard de l’Europe au tournant des années 70 va donc faire l’impasse sur la dimension politique et dogmatique du projet américain pour l’Europe, pour se concentrer sur des objectifs d’équilibres commerciaux.

La première dimension de la nouvelle politique européenne des Etats-Unis sera de ne plus chercher à influencer la construction européenne dans le sens du fédéralisme comme ils ont pu le faire auparavant (A), mais de se concentrer sur des objectifs d’équilibres commerciaux, l’Europe étant devenue la partenaire et la rivale privilégiée des Etats-Unis sur le plan économique (B).

Avec

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