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Synthèse sur le visionnage de O'Brother

Par   •  18 Avril 2018  •  1 599 Mots (7 Pages)  •  61 Vues

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La satire sociale

Par ailleurs, la satire sociale, esquissée par Sturges, est ici manifeste même si elle est mise à distance par l'humour et la dérision. La religion, si importante dans la société américaine, est l'objet de critiques assez acerbes : Delmar et Pete croient vraiment être lavés de tous leurs péchés après leur baptême dans une rivière. Ce qui ne les empêche pas de se rendre complice des braquages de banques de George Nelson dès le lendemain donnant ainsi raison à Everett qui ne voyait dans ce baptême qu'une pratique stupide de mabouls... Noter aussi que les paroles du spiritual Down To The River To Pray constituent une profession de foi plutôt lénifiante ! La rencontre avec Big Dan qui ne songe qu'à "faire de l'argent au nom du seigneur", pour reprendre la formule de Delmar, fait écho au commerce autour de la religion aux Etats-Unis - marché encore florissant de nos jours... Enfin le discours d'Homer Stokes, leader du Ku Klux Klan qui parle de "protéger notre sainte culture" et de "préserver notre religion" notamment "contre tous ces malins qui prétendent qu'on descend du singe" et qui conclut ainsi : "Voilà pourquoi... on va se pendre un negro !" témoigne également de propos et de pratiques terriblement réels. Pour autant, O’ Brother fonctionne à la manière d'une fable, comme celles de La Fontaine, dominée par la gaieté, l'humour et une certaine distance avec la réalité : "ce sont des abrutis qui font les clowns" disent les frères Coen. Restent les questions qu'ils posent, précises et actuelles. On peut remarquer que les frères Coen montrent les faiblesses, les travers et les crimes des hommes mais l'existence de Dieu demeure sujette à interprétation dans ce film. Bien sûr, les pécheurs impénitents, les marchands du temple et les faux dévots - mais vrais fanatiques - ne remettent pas fondamentalement en cause l'existence de Dieu surtout si l'on pense au point de vue de Dieu lors du baptême de Delmar (ci-dessous), à la punition d'Homer Stokes comme à celle de Big Dan par la croix de feu, au Deus ex machina qui vient sauver les quatre compères de la pendaison. On peut même se demander si un Dieu malicieux ne s'amuse pas à donner à Everett la mauvaise bague de mariage pour le punir de son incrédulité, de son manque de gratitude et de reconnaissance...

Le regard critique des frères Coen porte aussi sur la campagne électorale de Pappy O'Daniel et d'Homer Stokes. Le premier se fait passer pour un sympathique papy-gâteau avec son émission radiophonique "Faites passer les biscuits à la farine Pappy O'Daniel" et sa chanson en forme de déclaration amoureuse You Are My Sunshine. Si le titre de l'émission laisse deviner que Pappy est un homme intéressé, sa première apparition montre qu'il ne respecte guère son électorat pas plus que ses proches... S'il soigne quelque chose, ce n'est pas son langage mais seulement son image ! Conscient de l'engouement du public pour les Soggy Bottom, il les gracie et les engage afin de s'attirer la sympathie des électeurs et de consommer sa victoire sur Stokes. Les méthodes de celui-ci sont d'ailleurs identiques à celles de Pappy. Comme lui, Stokes utilise les ballades country joyeuses et la radiodiffusion pour sa campagne électorale. Il a cependant l'avantage d'avoir mis au point un slogan (il promet de "faire le ménage dans l'Etat" "pour les petits et contre les lobbies") associé à une image de très mauvais goût mais facile à comprendre et à retenir : un balai et un nain. Ces procédés de communication, cette mise en avant de l'image plutôt que des programmes politiques n'est évidemment pas l'apanage exclusif des années 30 et de l'Etat du Mississippi... Mais le populaire Homer Stokes va affronter les Culs Trempés, plus populaires encore que lui ! Pris au dépourvu, Stokes n'utilise ni image, ni slogan et se montre tel qu'il est : un fanatique religieux, raciste et criminel. Le spectateur pourra se réjouir que Stokes se discrédite ainsi mais est-il moral pour autant que Pappy O'Daniel récupère à des fins politiques le succès d'un groupe de musiciens ? Half a joke and half not...

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