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La culture parvient-elle à contrôler les tendances agressives de l'Homme ?

Par   •  19 Novembre 2021  •  Dissertation  •  3 534 Mots (15 Pages)  •  21 Vues

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ARNAUD

Lothaire                                               HLP

TGB

« L’état naturel des hommes, avant qu’ils furent joints, était une guerre, et non simplement, mais une guerre de tous contre tous. » écrivait le philosophe anglo-saxon Thomas Hobbes dans son ouvrage Léviathan. Au sein dudit livre, l’auteur exprime qu’à l’état de nature les Hommes se faisaient mutuellement et individuellement la guerre par compétition, par défiance, et par gloire qui, étant tous trois des émanations de nature instinctuelle, servaient de prétextes à la satisfaction des tendances agressives et nuisibles que les Hommes ont à l’égard de leurs semblables. Toutefois, comme chacun sait, nous sommes entretemps passé de l’état de nature, si cher à Rousseau, à l’état de culture. C’est-à-dire que les hommes se sont socialisés, ont fait société par intérêt mutuel et se sont ainsi libérés des chaînes de leurs besoins naturels (production en vue de la consommation vitale et reproduction). Cependant, cet état de culture et son maintien nécessitant une pacification des relations interhumaines et donc un contrôle de la violence naturelle de l’Homme vis-à-vis de ses semblables, nous pourrions nous demander, au regard des millénaires de culture qui nous précèdent, si la culture parvient à contenir les tendances agressives de l’Homme. Nous verrons donc que si la culture a travaillé à la fin de l’état de guerre permanent qui nous liait afin de se garantir (I) notamment via une transmutation de la loi du plus fort au service de la morale de l’esclave (II), elle n’a nullement mis fin à l’expression des tendances agressives et dévastatrices de l’Homme entre les communautés, devenues nouvelles individualités (III).

    « Ce qui a longtemps distingué les hommes de la plupart des autres espèces animales, c’est précisément qu’ils ne se reconnaissaient pas entre eux » stipule l’ouvrage Humanité perdue du philosophe et académicien Alain Finkielkraut. Sa phrase nous permet d’expliquer l’étrangéité et, en conséquence, la défiance qu’éprouvaient chacun des membres composant l’espèce humaine entre eux à l’état naturel. Cette défiance mutuelle pousse l’Homme à se garantir, soit à se rendre maître de son prochain, que ce soit par l’usage de la force ou de la ruse. Elle est visiblement le fruit de deux tendances naturelles – la volonté de puissance (pour dominer l’autre) et l’instinct de survie (pour se soustraire à l’éventuelle domination de l’autre) - à l’Homme qui, ajoutées à cette non-reconnaissance de son semblable, donnent lieu à cette défiance-méfiance poussant l’être primitif que nous étions et que nous restons malgré les siècles de civilisations à faire usage de la violence, en l’occurrence puisque c’est l’objet du devoir, physique. Ainsi, par cette propension à vouloir dominer son semblable soit afin de se garantir du fait de la méfiance qu’il éprouve à son égard ou afin d’asseoir sa domination , l’Homme fait de la violence son principal lien avec ses semblables, ce que Kant et Hobbes appellent « l’état de guerre permanent de l’état de nature ». Certains estiment même que cette violence est consubstantielle de la condition humaine au point même, comme Joseph de Maistre, de l’appeler « discipline de l’humanité ». Toutefois, il apparaît aujourd’hui évident que le fondement de l’état de culture fût une pacification des relations entre êtres humains ayant permis la socialisation – et donc de faire société - de l’Homme avec ses congénères bien qu’encore de nos jours, nous n’ayons aucune certitude quant à la cause de cette socialisation même si la plupart des penseurs, dont Rousseau, s’accordent sur une catastrophe ayant confronté certains hommes au péril de la mort et donc à la nécessité de s’unir pour subsister. Cette socialisation, une fois le péril surmonté, va donner l’opportunité à l’Homme de se défaire de ses besoins : dès lors, il n’agit plus forcément sous l’empire du besoin instinctuel et vital. C’est pourquoi la philosophe germano-américaine Hannah Arendt considère la socialisation ayant conduit, en vérité, à la construction de la société (societas : communauté) comme ce qui a rendu l’Homme à la fois nature et liberté. L’Homme, réalisant l’intérêt qu’il a dans la pérennité de cette cohabitation, a veillé, en dépit de ses tendances agressives lui étant viscérales selon Freud, au maintien de la paix au sein de la société, fruit du social (au sens philosophique et non politique), en multipliant, volontairement ou non, les facteurs de socialisation visant à ce que les hommes se reconnaissent entre eux par ce(s) biais et parmi lesquels on peut citer, entre autres, la religion ou la langue. Par conséquent, l’établissement comme le maintien de l’état de culture dépendent de la paix entre les êtres humains composant  la communauté étudiée, la production hors de l’empire du besoin naturel n’ayant pu faire son apparition que conséquemment à la socialisation d’au moins deux êtres humains et l’édifice civilisationnel reposant sur celle-ci. Cependant, si nombre de penseurs, à vrai dire la plupart d’entre eux, estiment, au regard de ce qu’était l’état de nature, que ce passage à l’état de culture est significatif d’une pacification et donc d’une amélioration des relations interhumaines, d’autres, comme Rousseau contestant Hobbes dans son Contrat social, écrivent qu’il est « une faute d’avoir donné l’état de guerre permanent entre les hommes indépendants devenus sociables pour cause aux vices dont il est l’effet. » et que « l’Homme naît bon, c’est la société qui le corrompt ». L’ennemi de Voltaire juge donc que ce passage à l’état de culture ne marque non pas la fin de l’état de guerre entre les hommes mais plutôt son début, prenant ainsi le contrepied de Hobbes, Maistre et Kant.

    Ainsi, comme nous avons pu le constater, la culture, étant elle-même fondée sur une cessation de l’état de guerre, a travaillé à un prolongement de celle-ci en son sein via une démultiplication des facteurs de socialisation, tels que la religion, encourageant le maintien de cet état de paix et donc sa propre perpétuation. Cependant, nous verrons que si ces facteurs de socialisation ont contribué à la pacification des relations interhumaines et donc au refoulement des tendances agressives de l’Homme, ils furent aidés dans leur labeur par une transmutation de la loi du plus fort au service de la morale de l’esclave à travers l’établissement d’une autorité concrète au sein de la société.

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