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L'arbre dans En attendant Godot

Par   •  15 Décembre 2017  •  3 357 Mots (14 Pages)  •  102 Vues

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Parce qu’il meuble tout au long de l’œuvre l’inéluctable ennui des personnages qui attendent Godot, parce qu’il leur offre de nombreuses opportunités (se pendre, jouer), parce qu’il leur permet d’aborder des thèmes récurrents importants (la vie et la mort), l’arbre constitue un fil conducteur de l’oeuvre. Seul élément d’un décor unique qui voit le déroulement de toute la pièce, il est omniprésent, et constitue par ailleurs le dernier élément temporel valable. En somme, la présence de l’arbre constitue avec l’attente de Godot la seule certitude des personnages au sein de la pièce.

II. L'arbre symbole de vie et de mort

La structure cyclique de l'oeuvre peut être interprétée comme un passage de la mort à la vie. En effet, à l'acte premier l'arbre représente la mort, mise en exergue par la réplique de Vladimir « Il doit être mort » (p°16) ainsi que son absence de feuilles « Où sont les feuilles » (p.16). A ce propos, à l'acte deux lorsque Vladimir tente de faire revenir les souvenirs d'Estragon du jour précédent, il décrit l'arbre comme « tout noir et squelettique » (p.85). A sa vue les personnages évoquent l'idée de suicide : « ESTRAGON (regardant l'arbre).-Dommage qu'on ait pas un bout de corde ». En effet, la plupart du temps où l'arbre est évoqué dans l'oeuvre c'est pour aborder cette envie de se pendre, faisant de l'arbre un lieu de pendaison. Cette pensée présente dans l'acte I revient dans le second acte nous témoignant de nouveau de la structure cyclique de l'oeuvre. A l'acte I, après avoir attentivement scruté l'arbre, Estragon propose de meubler le temps par la pendaison : « Et si on se pendait ? ». L'arbre est donc l'élément déclencheur de la mort. Cependant, malgré le fait que les personnages veulent causer volontairement leur propre mort, ils se heurtent cependant à un premier problème. Effectivement, pour le plus lourd des deux la branche pourrait casser et donc se retrouverait seul si le plus léger s'était pendu avant. Ce serait donc le plus lourd qui devrait tenter l'expérience mais puisqu'ils ne savent lequel des deux est le plus lourd, ils abandonnent l'idée : « Ne faisons rien. C'est plus prudent. » (p.21). De plus, à l'acte II ils se heurtent à un second problème faisant échos à la casse éventuelle de la branche de l'arbre : la corde ; « La corde se casse ». On peut donc dire que tout dénouement est impossible et comme le dit Vladimir, l'arbre ne sert à rien : « Décidément, cet arbre ne nous aura servi à rien... » (p.97). Cet élément est à rapprocher avec les différentes mises en scène évoquées par Juliette. Dans la représentation de Berggren la branche est parfaitement apte à supporter le poids des personnages, à l’inverse du végétal d’Asmus. Je laisse à Inès le soin de développer la nature de l’arbre, un saule pleureur : « On dirait un saule » (p.16), « Un saule » (p.122). Il serait donc symbole de malheur, de souffrance et de mal-être. Une connotation à Hamlet de Shakespeare se met en place : Ophélie se noie effectivement dans une rivière située près d'un saule. Enfin, revenons sur la scène de la cachette. L'arbre, qui ne « cache que très imparfaitement » Estragon, n'aura servi ni à rencontrer Godot, ni à se pendre, ni à se cacher. « Se cacher » est contradictoire par rapport à leur attente de Godot : « attendre Godot » devant l'arbre, et « se cacher » derrière l'arbre. Ces actions témoignant du malheur ou de la mort, qu'elles soient occasionnelles ou permanentes, sont synonymes de rapidité contrairement aux actions de longue durée pouvant témoigner la vie.

L'apparition de feuilles pendant l'entracte est significative de la vie de l'arbre paradoxalement à son aspect « squelettique » évoqué à l'acte I et mis en relief par la didascalie « L'arbre porte quelques feuilles » (p°73) et la réplique « Aujourd'hui il est couvert de feuilles » (p.85). De plus, le fait d'attendre est une valeur vitale, cyclique et de longue durée contrairement à la rapidité des motifs témoignant de la mort. L'arbre est également un modèle à suivre pour les deux protagonistes :

- au niveau figuratif : comme expliquer précédemment, ils essaient d'imiter l'arbre « Faisons quand même l'arbre pour l'équilibre » (p.99), « Vladimir fait l'arbre en titubant ». Malgré le fait que Vladimir déclare que cela est un exercice d'équilibre, cela reste un mimétisme volontaire de la part des deux clowns et de longue durée.

- Au niveau narratif : nous l’avons dit, l'arbre se transforme (apparition de quelques feuilles), contrairement à Vladimir et Estragon qui n'arrivent pas à « transformer » leur état ;

- au niveau thématique : les objets semblent plus vivants que les êtres eux-mêmes « seul l'arbre vit » (p.122). La mise en relief de ce propos témoigne de l'exclusion des deux personnages.

On ne peut s'empêcher aux connotations religieuses de l'arbre d'autant plus que lorsqu'ils imitent l'arbre Estragon implore Dieu « Dieu ait pitié de moi » (p.99) pouvant évoquer l'arbre de vie de la Genèse...

On peut porter différentes interprétations à la symbolique religieuse de l'arbre. D'une part, il pourrait faire référence à la Croix du Christ. L'arbre est en effet l'endroit où les personnages veulent mettre fin à leur vie tout comme le Christ qui est crucifié sur la croix en bois. D'autre part, on peut se demander si l'arbre fait référence à l'arbre de vie de la Genèse. La pièce est en effet placée d'emblée sous le signe de la religion avec la référence au bon larron et à la Bible. Mais chez Beckett l'arbre est il un arbre de vie : il ne peut servir qu'à se pendre à condition d'avoir une bonne corde et pouvoir la passer autour d'une branche solide. Le salut qu'offre l'arbre, c'est la mort afin d'en finir avec la souffrance d'être qui caractérise la condition humaine. Ainsi, lorsque les deux clowns tragiques cherchent à s'échapper de la scène, Vladimir incite Estragon à se cacher derrière l'arbre qui se révèle déficient. "Décidément cet arbre ne nous aura servi à rien." Sur fond de non-croyance, Beckett donne à l'arbre une force symbolique qui révèle aux hommes l'insignifiance de leur pauvre existence : ils passent leur temps à attendre, sans pouvoir agir ou décider. L'arbre qui prend des feuilles chaque

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