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Psychologie et langage

Par   •  5 Décembre 2018  •  104 130 Mots (417 Pages)  •  229 Vues

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Le niveau texte

Le statut du texte comme unité linguistique ne s’avère guère plus facile à définir que celui de a phrase isolée. Sans entrer dans le détail des théories linguistiques sur la question, rappelons seulement, avec Fayol (1985), que la pertinence du niveau texte apparaît clairement dans le fait que le statut et le fonctionnement de certaines unités linguistiques (pronoms, connecteurs, temps du verbe) ne peuvent absolument pas s’appréhender au niveau de la phrase. On peut même ajouter que l’analyse de certaines de ces unités (les déictiques) renvoie directement à la prise en compte du « contexte énonciatif », c’est-à-dire des conditions concrètes dans lesquelles s’effectue le discours.

Dans cette perspective qui se réfère pour une part importante à l’exposé de Halliday et Hasan (1976), le niveau texte n’est pas défini seulement (ni même nécessairement) par l’enchaînement des phrases, encore moins par une grammaire supraphrastique. Le texte est plutôt envisagé comme « unité de langage en usage ». Les opérations liées à la cohésion et à la cohérence sont essentielles à la dimension textuelle ; mais aussi l’articulation du discours à son contexte (contexte énonciatif, domaine de référence, contraintes de l’activité engagée). Il en résulte plusieurs conséquences :

— Le texte constitue un médium langagier spécifique de construction de représentations cognitives en vue de transmettre de l’information. La finalité du discours constitue donc un paramètre central des traitements.

— Les représentations textuelles sont des représentations unitaires, cette unitarité reposant sur trois bases, de nature différente :

- la continuité référentielle : « on parle du même objet » (continuité / progression assurée notamment par les dispositifs de cohésion, structures thème / rhème, systèmes aspectuels et temporels…) ;

- la continuité logique et argumentative (établissement de la cohérence, structures rhétoriques, etc.) ;

- la continuité énonciative au plan de l’interlocution et de la finalité du discours.

Le texte est un objet structuré : soit par des relations internes (explicites ou implicites) entre ses constituants, soit parce que son traitement entraîne l’intervention de schémas cognitifs de connaissance (ou d’opinions) généraux ou spécifiques : scripts, superstructures textuelles, relations rhétoriques, modèles discursifs, etc. On inclura alors dans l’ensemble texte des objets langagiers très divers : dialogues autant que monologues, écrit ou oral, énoncés uniques aussi bien que romans, hypertextes, protocoles verbaux, notamment, pour autant que le traitement cognitif de ces objets implique des processus relevant des caractéristiques précédentes.

Beaucoup d’opérations… mais des ressources limitées !

Comprendre ou produire une suite cohérente de phrases, un texte, demande de mettre en œuvre, quasi simultanément, un grand nombre d’opérations : traiter la ponctuation, les connecteurs, l’organisation thématique locale et globale, le temps des verbes, pour ne citer que les plus évidentes (sans même parler des opérations au niveau de la phrase elle-même). Mais la compréhension et la production des textes requièrent aussi tout un ensemble d’opérations « non linguistiques », sur le domaine de référence du texte : récupérer, analyser, sélectionner et organiser les informations pertinentes, par exemple ; convoquer des schémas cognitifs prototypiques ; respecter un modèle discursif… Cela suppose enfin de prendre en compte le contexte énonciatif, quel est le but du producteur, quel est celui du lecteur.

Le traitement du texte devra s’analyser dans la perspective d’une interaction permanente entre les caractéristiques du texte, celle du contexte et celles du lecteur-producteur. Dans cette perspective de psychologie cognitive, le troisième lieu de détermination constitue un point tout à fait central. En effet, le lecteur-producteur doit réaliser des opérations nombreuses et complexes dans le cadre de contraintes mnémoniques et attentionnelles fortes, en particulier dans le cadre de ressources nécessairement limitées à ce niveau : la mémoire n’est pas extensible à l’infini, et il est difficile de maintenir une attention soutenue sur plusieurs opérations à la fois.

Dans la plupart des travaux de référence, le traitement cognitif des textes est donc caractérisé par deux propriétés majeures : 1) ce traitement s’effectue à différents niveaux, suit différentes étapes plus ou moins hiérarchisées, d’où la nécessaire prise en compte des processus régulant et contrôlant l’agencement des différentes opérations ; 2) même si l’on admet un traitement strictement « par étapes », le locuteur doit effectuer un très grand nombre d’opérations de façon quasi simultanée, d’où le problème crucial de l’exploitation de ressources cognitives limitées.

Quatre grands niveaux de détermination

Les processus mis en jeu dans la compréhension et la production des textes relèvent, selon nous, de quatre types différents de déterminations :

— Des déterminations associées aux caractéristiques du système de la langue, et en premier lieu aux instruments linguistiques qui interviennent dans la construction ou le repérage de la structuration textuelle : explicitation de cette structure par des connecteurs, des marques de ponctuation, délimitation des parties de textes par des paragraphes…

— Des déterminations fondées sur le traitement du domaine de référence : organisation préalable de ce domaine, par exemple, au travers de représentation mentales, de schémas cognitifs décrivant les propriétés du monde physique, social ou subjectif ; ou encore exploitation possible de schèmes cognitifs généraux pour analyser le domaine considéré : organisation causale, logique, temporelle…

— Des déterminations liées au contexte énonciatif, et plus largement au contexte de la tâche : on attribue ici un rôle central à l’adéquation entre les opérations mises en œuvre pour produire ou comprendre un texte et les objectifs de la tâche : finalité communicative, objectifs de lecture.

— Des déterminations tenant aux structures cognitives mises en jeu : outre l’expertise linguistique et textuelle des locuteurs, leur degré d’acquisition des mécanismes de l’écriture et de la lecture,

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