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Supplément au voyage de Bougainville, Denis Diderot

Par   •  2 Janvier 2018  •  2 045 Mots (9 Pages)  •  108 Vues

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– leur manque de respect pour les mœurs et les croyances tahitiennes (l. 16-30).

Les mots de la civilisation sont multiples et les termes employés par le vieillard soulignent avec force la violence qui est faite aux Tahitiens : « Tu t’es récrié, tu t’es vengé » (l. 9). La possession et la jalousie ont brisé l’harmonie. De même, le lexique de la bataille, de la guerre, revient dans le discours : « jeté sur ta personne, pillé ton vaisseau, exposé aux flèches » (l. 14-15). Bougainville est ainsi devenu, d’illustre explorateur qu’il était, un « chef de brigands » (nom qui lui est donné dans les lignes qui précèdent le passage étudié) sans foi ni loi. « «La brute » (l.12), c'est-à-dire la bête féroce (note 2) n'est pas celle que l'on croit. La dénonciation

du vieillard consiste à remettre les choses à leur place, en les observant du point de vue de la nature, de l’humanité et de la raison – et non plus de la gloire du conquérant, du colonisateur.

Le jeu des oppositions, en particulier celles qui mettent en évidence le « nous » de la collectivité confronté au « tu » de l’envahisseur (l. 1 à 5).

3/ Le rapport de force entre le Tahitien et Bougainville

Le chiasme (construction en croix) « Quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ?» (l.13) crée un effet de symétrie pas la répétition dans l'ordre inverse, de certains éléments de la phrase. Il met les personnages au même niveau, dans un face à face, une position de défi.

Les pronoms soulignent dans ce passage l’écart qui existe entre les deux peuples : « Nous sommes libres » (l. 1) renvoie à la communauté tahitienne (« notre terre », « notre futur esclavage »). Les Européens sont d’autant plus exclus du pronom que le vieux chef s’adresse à son interlocuteur (Bougainville) en utilisant la deuxième personne du singulier : ce « tu », en même temps qu’il rapproche les deux interlocuteurs, supprime toute hiérarchie sociale qui rendrait le Tahitien inférieur à l’Européen.

L'orateur fait pourtant un constat de la supériorité de Bougainville ligne 7, 8 « Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? », c'est une force qui repose sur l'armement et l'attitude offensive. En effet, une fois mis à nu, les Européens sont plus faibles physiquement. Du défi moral, il passe au défi physique avec l'impératif « Prends cet arc... » ligne 25 et suivantes.

L’énumération des actions ligne 27 témoignent de la vitalité du vieillard : « Je laboure… je grimpe… je perce la forêt… je parcours… ».

Transition : La stratégie argumentative du vieillard est très bien construite. D'une part il se défend avec virulence pour se mettre au niveau de l'agresseur, d'autre part il fait appel à la raison pour faire prendre conscience à Bougainville que les hommes sont égaux et se doivent un mutuel respect, quel que soit leur mode de vie.

II. Éloge d'une vie saine face à une Europe « dénaturée »

1/ Un mode de vie à l'écoute de la nature

En opposition aux « besoins superflus » (l.20) des Européens, les parallélismes de construction et les répétitions l. 20-22 « lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger […] lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir », montrent que les Tahitiens vivent en harmonie avec la nature. Ils ne sont pas victimes de la société de consommation qui crée des besoins artificiels et une insatisfaction chronique (on peut faire le parallèle avec la société actuelle).

Ce mode de vie serait idéal pour être en bonne santé lignes 24, 25 « sains, robustes...saines fraîches » et atteindre un longévité exceptionnelle comme le vieillard lignes 27, 28.

Il est sous-entendu que cette hygiène de vie « idéale » s'accompagne de grandes valeurs morales comme le pacifisme et le tempérance ( :contraire de l'excès).

2/ L'opposition des valeurs, l'effondrement d'une humanité saine en Europe.

À Tahiti, la vie naturelle est valorisée. Elle obéit à un code moral simple puisqu’il s’agit de suivre « le pur instinct de la nature ». On ignore ici la propriété, mais on défend la liberté et la fraternité humaine. La vie des Tahitiens est dictée par la sagesse : ils consacrent leur temps à la recherche du seul nécessaire. Leur sens moral les oppose aux Européens qui, eux, perdent toute mesure en accumulant des biens au mépris de toute sagesse et de toute justice. La liberté des Tahitiens renvoie aux droits fondamentaux de l’humanité : liberté originelle et absolue, égalité incontestable, lien de réciprocité.

Ainsi est dénoncée l'absurdité des valeurs des européens : « méprisables bagatelles » ligne 8, « besoins superflus » ligne 20, les « besoins factices » et les vertus chimériques ligne 23. Les Tahitiens savent ce qui est « nécessaire et bon » ligne 19, ils sont à l'écoute de leurs véritables besoins en fonction de la « faim » et du « froid » ligne 21. Les européens avec « leur inutiles lumières » (l.19) apparaissent tourmentés ligne 22 alors que les Tahitiens savent se reposer ligne 23 et c'est le secret de leur bonne santé et de leur longévité.

La découverte par les explorateurs de cette humanité « neuve » représente, en quelques sorte, les Hommes que les Européens étaient eux-mêmes avant la civilisation.

3/ Une égalité naturelle incompatible avec l'esclavage

L'affirmation et l'interrogation du vieillard ligne 2 « Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui est-tu donc, pour faire des esclaves ? » ramène Bougainville au rang des simples mortels.

L’accumulation des phrases exclamatives ou interrogatives (ex. l. 4 à 20), comme des impératifs qui interpellent Bougainville, de la l. 22 à fin : « Va, regarde, vois, prends… » contribue aussi à établir une communication d'égal à égal.

L'idée d'égalité est formulée avec plusieurs approches pour convaincre le destinataire : la fraternité « Le Tahitien est ton frère » l.12, 13, la nature« Vous êtes deux enfants de la nature » ligne 13, Le droit« Quel droits as-tu sur lui, qu'il n'ait sur toi » (ligne13) et La religion (Dieu a fait l'Homme à son image) « Nous avons respecté notre image en toi ».

En vertu de tous ces arguments,

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